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piobabilité , . sur lesquels ils embrassent certaines opinions ou certains usages de longueprescription. On ne doit, ce me semble, donner son approbation à certaines chosesqj’à proportion des raisons qu’on a de les adopter ; car d’adhérer à des opinions & àdes pratiques, fur lesquelles on n’a d’autres marques de vérité que le privilège de la cou-tume , cela ne me semble pas raisonnable, la justice doit être égale par tout: il est éga-lement injuste de mépriser ce qui est estimable , parce qu'il est nouveau, &d’esti-mer ce qui est blâmable, parce qu’il est ancien: ceux qui en usent ainsi, sont coupa-bles dune grossière acception de personnes. Cependant on fait plus, car on récuse sou-vent ce qui git en faits, particulièrement dans les choses de la guerre.
Quelque habiles & éclairez que soient les anciens Capitaines , & quelques-uns parmiles Modernes ; quelque profonds même qu’on nous les réprésente dans la science mili-taire, on ne peut pas dire qu'ils l’aient poussée jusqu’au dégré de perfection où el-le peut aller. Ceux, qui ont excellé dans quelqu’une de ses parties, ont paru très -superficiels dans une autre ; car qui est l’homme de guerre qui puisse se vanter deles posséder toutes ? La tactique est de toutes celle qu’on a le plus ignoré., & oùl’on s’est le moins appliqué dépuis les anciens Grecs & Fvomains: les principes s’enfont perdus, & personne n’a plus pensé à les rechercher. C’est cependant la cho-se du monde la plus aisée à trouver, pour peu de génie & d’application qu’on y ap-porte.
II est étonnant que l’on ne se soit pas encore apperçu que notre tactique est impar-faite, foible, & sondée uniquement sur la routine, & sur certain usage duquel on nes’écarte point. Notre maniéré de nous ranger & de combattre dans les actions généra-les de la guerre, est sujette à mille défauts , & à une foule d’inconvéniens très-dange-reux, & très-difficiles à éviter, fi l’on ne change dans la distribution des troupes, com-me dans les corps & dans les armes. Je n’attaque point cette distribution, ce n’est pasici le lieu de dire ce que l’on en pense : chacun íàit que cette distribution confiste dansla séparation des deux armes qui composent une armée, c’est-à-dire de la cavalerie & del’infanterie; l’une est partagée & jettée sur les ailes, & l’autre placée au centre chacunefur deux lignes, avec une réserve destinée pour les accidens inopinez. Les corps de laseconde ligne vis-à-vis les espaces de ceux de la première. C’est le système des Ro-mains que nous suivons ; système admirable pour des troupes excellemment dressées &disciplinées, qui vont au combat à deux différentes reprises, une ligne succédant à cellequi est rompue. Encore un coup, cet.ordre est excellent pour des troupes éxercées,intrépides, bien commandées, & pour un Général d’une valeur , d’une expérience &d’une capacité consommée. 11 saut que tout cela se trouve dans un ordre si composé,qui, plus que tout autre, demancjç une prévoiance & une attention infinie: fans cela lesuccès dépend beaucoup plus de la fortune que de la raison.
Or quoique ce système nous ait quelquefois réussi , il y auroit de la témérité à seflater que nous serons toujours également heureux. On fait assez fur quel pied est no-tre discipline, quand même elle seroit observée dans toute la rigueur de nos loix mili-taires. On n’ignore pas non plus les principes fur lesquels roule communément toutela science de la guerre. Si après cela on fait attention à notre tactique , qu’on l’éxa-mine , & qu’on médite avec un esprit dépreoccupe des préjugez de la coutume , on latrouvera très-imparfaite : non seulement par ce que j’ai dit plus haut, mais enco-re par ce qui manque aux corps qui agissent dans les affaires générales de la guerre.
Nos bataillons ne sauroient ni attaquer ni se défendre indépendamment les uns desautres, parce qu’ils combattent fur si peu de hauteur, qu’ils peuvent aisément êtrepercez & rompus, défaut essentiel contre les régies de la tactique. La véritableforce d’un corps consiste dans son épaisseur, ou dans la hauteur de ses files , dans
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