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Tome I.
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LXVI
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kvj TRAIT F

que cette masse se trouve dénuée des armes de longueur, que nos Critiques rejettentfans fçavoir pourquoi. En voilà assez , & trop contre une méthode de combattre lìmal imaginée & si pitoiable. Passons à la dernière objection.

Ils ont publié qu’inférieur en nombre nous nous trouverons environnez & envelopezpar l’étendue & le nombre des corps que nos Colonnes rencontreront fur leur route.Nous nous étions imaginez avoir apporté d’assez bonnes raisons pour dissiper cette crainte;mais puisque l’on ne s’y est pas rendu , aions recours aux éxemples.

Les cohortes Hollandoifes , qui étoient au service de Vitellius, s’étant révoltées,'démandérent le passage à ceux de Bonne pour se retirer dans leur pais, qui s’étoitsoustrait de l’obéissance des Romains par les intrigues de Civilis , Chef des rebelles.Ceux de Bonne leur aiant refusé ce passage , ces cohortes prirent la résolution de sel’ouvrir l’épée à la main , quoiqu’en petit nombre , & les forces des Romains infini-ment supérieures. Ceux-ci leur vont au-devant pour les combattre. Leur dessein étoitde le s enveloper , dit Tacite; mais pour avoir donné trop de front k leur ordre , er peude hauteur , ils furent percez, aisément : car les autres , qui etoient de vieux soldats ,s'étant ferrez, les enfoncèrent , âpres avoir doublé les files de leurs bataillons ; c’est-à-direaprès s’être rangez fur vingt ou seize de profondeur.

CHAPITRE V.

Jj analyse de /’Embolon ou le Cuneus des Anciens , & leur bataiUIon quarré ont donné lieu d la découverte de la Colonne. Ce quec’ejl que le Cuneus. Ce qu'on pense de cette maniéré de combattre.

L E s premières idées qui me vinrent de la Colonne, furent une fuite des réfléxions& d’une étude d’éxamen que j’avois faites fur les défauts du Cuneus , & deTordre quadrangulaire , & fur les raisons qui obligeoient les Anciens de combattre furtant de hauteur. Ces deux évolutions étoient connues dès Grecs longtems avant quede T être aux Romains , & Ton peut dire , fans crainte de fe tromper , que la premièreest toute Gréque , & la seconde Egyptienne. Ces réfléxions me donnèrent une con-noissance plus éxacte de la nature du quarré , dont T usage nous est assez connu ; &bien que Tautre ne nous le soit pas, je tâchai de m’en instruire dans les Auteurs deJ’antiquité , Historiens & dogmatiques qui en ont écrit. Cette connoissance me con-duisit à la découverte de mon principe des Colonnes. Je communiquai mes nouvellesidées à deux Officiers Généraux de mes amis , en qui je reconnoissois une grandeintelligence de Tinfanterie. Je me flatois de les avoir eues le premier, & je m’en ap-plaudissais. J'ai été longtems dans cette erreur : mais il est bon d’hésiter quelquefois àíë croire le premier auteur d’une découverte ; & venant après les Grecs & les Romains,il faut s’attendre à les rencontrer dans presque tout ce que Ton peut inventer de bon &•'de parfait sur la guerre.

Le Cuneus des Anciens ou T Etnbolon est célébré dans T Histoire. J’ai bazardé monsentiment sur Torigine de cette évolution , & j’ai dit que je la croiois Gréque, fansen'avoir autre preuve , sinon que les Grecs étoient avant les Romains , & qu’ilsétoient constamment plus habiles & plus profonds dans la tactique que ceux-ci, quandnous ignorerions même que Tarquin prit presque tous les usages des premiers à l’égarddé. la guerre ; je ne sçai où Denys d’Halicarnasse avoit trouvé , que les Grecs n’ignoroient