DE LA COLONNE. Ixxxiij
s, levèrent, & ces soldats frais se jettérent avec grand bruit sur les Fidenates harassez,
„ q U i furent attaquez en même tems par ceux qui avoient fait semblant de fuir. Les„ Fidenates poussez de toutes parts, surent mis en déroute, & la plupart tuez, &
„ leur ville fut prise.
Les Romains ne sont pas pourtant les premiers qui aient connu la Colonne, commeje pense savoir dit, c’est aux Grecs que l’on doit l’attribuer : c’étoit le grand principed’Epaminondas. 11 ne combattit jamais que dans cet ordre', & fut toujours victorieux;les batailles de Leuctres & de Mantinée, les plus fameuses de l’ântiquité en fait d’intelli-gence, en offrent un bel exemple, comme je le dirai bientôt.
Lorsque Dion entra dans Syracuse, après avoir été chaffé par ses Citoiens, au secoursdesquels il étoit venu, il marcha contre les troupes de Denys en Colonnes. II séparâtdit Plutarque, ses pesamment armez, par petits corps , aufquels il .donna pins de pro-fondeur que de fronty (fr les mit chacun fous différens Chefs , afin qu’il pût faire têteen plus d'endroits , (f paroître plus fort & plus redoutable..
Arsaces, dans la guerre contre Antiochus Roi de Lydie, disposa son infanterie estforme de coin, marcha droit jusqu’à la phalange , l’attaqua avec tant d’ardeur & deviolence, & la pressa si vivement, que si Antiochus n’eût pas usé d’un stratagème quilui réussit, en tombant sur les derrières des ennemis par les revers des montagnes, fa per-te étoit infaillible. Ils combattaient ferrez, en forme dé coin , dit mòn Auteur, & lecoin n’étoit sûrement pas une maniéré de triangle, ni même un trapèze dans cette af-faire , mais une phalange fur plusieurs- sections les unes derrière les autres, c’est-à-direune Colonne. Cela me semble d’autant plus vraisemblable, que ce combat, qui esttrès-remarquable dans Polybe, se donna dans un pas de montagnes très-resserré, où ilimporte d’occuper & de remplir tout le terrain, bien loin d’y présenter une pointe & dene le remplir que vers la baze ; ce qui seroit absurde & très-dangereux, l’ennemi pou-vant profiter d u vuide & former un rentrant ou le triangle se seroit trouvé emboîté &comme enchâssé. Tout cela me persuade, comme l’éxemple d'Alexandre contre Glau-cias, dont j’ai déja fait mention, qu’on se servoit indifféremment du terme de Coinpour faire comprendre un corps fur beaucoup de hauteur & peu de front : car l’onsçait assez que les Anciens n’étoient pas fort opulenS en termes militaires, témoin celuià’Acies dans Yégéce & dans plusieurs autres Auteurs, qui a diverses significations ;c’est tantôt l’armée entière, tantôt un corps de troupes, ou un détachement de quel-ques cohortes, & souvent une ou deux, quelquefois une aîle ou un centre. Le motde Tefiudo ne signifie pas toujours un corps d’infanterie ferré, & combattant leurs bou-cliers fur leur tête en forme de toît, pour se garantir des coups d’en haut. Il signifioitsouvent une cohorte ou plusieurs ensemble, ou une phalange, les rangs & les files ser-rées, bouclier contre bouclier. Le Père Daniel a crû que Naríes forma une tortue àCassilin contre les François, les soldats combattant leurs boucliers fur leurs fêtes. 11s’est trompé, Agathias veut dire que Naríès forma une phalange. A quoi bon unetortue contre des gens qui n’avoient aucune arme de jet? Je trouve tant d’étymologiesdifférentes du terme de Cuneus dans César, dans Tacite & dans Tite-Livemême, qu’unhomme qui n’est pas rompu & éxercé dans le métier des armes s’y trouve souvent très-embarrassé. On ne sçauroit être trop en garde en traduisant les Auteurs Grecs & La-tins. II est donc très-probable, & si je l’ose dire , presque certain que le terme deCoin dans un défilé de montagnes, signifioit une Colonne plutôt qu’un triangle, ou untrapèze. Voilà bien des éxemplès de l’antiquite qui prouvent la Colonne, ce n’estpas cependant encore tout. J’en réserve deux considérables pour le Chapitre sui-vant, pour terminer celui-ci par un autre tres-célebre qui s’est passé de nos jours.
Le Général Schoulembourg, un des plus sçavans hommes d’infanterie, & des plus
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