DELA COLONNE. Ixxxv
ses armez à la Iégére, & les troupes qui ne faisoient pas corps avec fa première phalan-ge , s’étendoient fur une ligne fort mince j íur trois ou quatre de hauteur, parce qu’ilcomptoir en formant une oblique, d’éviter un engagement de ce côté-là. A l’égarddeíà cavalerie H, il fe régla fur la disposition de son ennemi.
Cléombrote forma sa phalange L, selon la coutume des Grecs ; fa cavalerie, commeje l’ai déja dit, étoit en première ligne à fa droite rangée par escadrons. C’est l’ordre& la distribution des troupes des deux aimées dans une plaine rase & décou-verte.
Les Thébains parurent d’abord en bataille aux points M fur une ligne droite & paral-lèle à la phalange Lacédémonienne ; ils s’ébranlent tout d’un coup, Le pendant que f ex-trémité de leur aile droite ne bouge , tout le reste de la ligne marche par un demi quartde conversion par les lignes ponctuées P ; c’est-à-dire que la ligne fe meut autour de N,comme autour de íòn centre : de forte que l’aîle droite fe trouva fort éloignée de lagauche de Cléombrote. Par ce mouvement les Thébains à leur gauche Rapprochèrenttoujours plus de la droite des Lacédémoniens, fur laquelle ils vouloient tomber. Cettedisposition d’Epaminondas est la sixième de Végéce, qu’il appelle In fimilimdinem ve-rtt ; c’est l’ordre oblique dont il fait plus de cas que d’aucun autre des sept qu’il nousdonne dans son Livre. Les Anciens l’appelloient bataille de biais , c’est-à-dire qu’onmettoit tout ce qu’on avoit de troupes d’élite à l’aîle qui devoit attaquer, pendant qu’onrefusoit tout le reste de la ligne à T ennemi. 11 paroît qu’Epaminondas le préférait àtous les autres, effectivement c’est le meilleur : la ligne oblique ou Tordre de batailleoblique étant tout ce qu’il y a de plus à craindre & de plus rusé dans la tactique t c’estla ressource des foibles, & fur tout lorfqu’on introduit des Colonnes dans Taíle qui doitattaquer. 11 y a plus d’art qu’on ne pense dans les manœuvres de Toblique, j'en faisplus de cas que de la courbe, quoique belle & profonde, mais moins sûre que l’autre.Quoiqu’il en soit , bien que les Anciens connussent Toblique comme la courbe, ilsn’introduisirent jamais de Colonnes du côté ou ils vouloient engager le combat, commefait Epaminondas dans celui-ci Feu S. A. R. Monseigneur le Duc d’Orléans me pa-rut surpris de cet ordre de bataille que j’eus l’honneur de lui présenter , les Expertsn’en penseront pas moins avantageusement que ce Prince habile & éclairé. Reprenonsnotre sujet.
La cavalerie en vint bientôt aux mains. Comme celle des Thébains étoit mieux mon-tée, & plus expérimentée que celle de Lacédémone, (qui ne valut jamais rien,) celle-ci ne fut pas longtems fans être rompue & renversée fur son infanterie, qu’elle mit enconfusion.
Les Thébains, après ces premiers succès, attaquent d'abord la droite de la phalange.Sur ces entrefaites la Compagnie des trois cens F , tourbe subitement sur Taíle, & laprend en flanc, pendant que la grosse Colonne choque de tête, enfonce tout ce qui luirésiste, passe outre, & retourne sur ce qui restoit encore en entier , pour ne lui pasdonner le tems de fe reconnoître.
Cette aile totalement ruinée & en fuite, la cavalerie fe met à ses trousses, pendant
que
dans les autres. Nous connoisiòns aflez bien lemonde, 8t nous y sommes aisez rompus pour dé-cider hardiment sor cet article : peut-être n’entrouveroit-on pas un si grand nombre, mais dumoins on en trouveroit. Polyen dit dans ses ru-ses de guerre , que Gorgidas fut le premier qui éta-blit la Troupe sacrée. Elle étoit composée, dit-il,
d’hommes liez, ensemble par Vamcur le plus tendreau nombre de trois cens. La tendresse qu’ils avaientles uns pour les autres, faifoit qu’ils ne s’abandon-naient jamais , qu’ils ne prenoìent point la fuite, &qu’ils étoient résolus de vaincre les ennemis., ou de.mourir tous ensemble,
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