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Tome I.
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LXXXIX
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DE LA COLONNE. lxirix

íàire reveftír de semblables opinions. Ce n’est pas que je veuille rejetter la méthoded’attaquer aux aîles , mais je tiens qu'il est plus avantageux d’engager au centre.C’est par où Gustave-Adolphe , Roi de Suéde , commença à la bataille de Lutzen;cette action, comparable aux plus fameuses de. Tantiquité par Tordre des deux armées,Sc par la réputation des deux Chefs les plus habiles & les plus célébrés de leur sié-cle , mérite d’avoir place ici.

Bataille de Lutzen.

L E grand Gustave avoir en tête des Capitaines très-habiles Sc très-expérimentez jqui ne lui cédoient que dans la ruse & dans Tinvention à T égard de la tactiqueSc dans T infanterie , dont il connoiífoit mieux qu’eux le fin & la force ; on s’ima-ginerait d’abord que je tombe en contradiction , en accordant ì Tun les feules quali-tez qui caractérisent les grands Capitaines, lorsque je les refuse aux autres , après lesavoir reconnus pour très-habiles & très-expérimentez. On peut voir que je ne refuserien à ceux-ci , je leur applique feulement cette maxime de Polybe , qu’il faut qu’unhomme de bien cède à un plus homme de bien , & qu’une vertu plie fous une autrequi la surmonte.

La bataille de Lutzen est une preuve de cette vérité , C’est dans cette action fameuseoù Gustave fit voir tout ce que la guerre a de plus profond & de plus digne de T ad-miration des Experts. Cet éxemple est trop favorable à mon Système des Colonnes ,pour ne pas Tinsérer ici dans ce qui fait à mon sujet : je le fais d’autant plus volontiers,q u’il est rare & peu connu. Mérian lui-même , plus éxact & mieux informé qu’aucunHistorien de son tems , & Sécrétaire du premier Ministre de Gustave , a négligé lescirconstances les plus intéressantes de cette fameuse action : le plan & les lettres des Of-ficiers , & les Officiers eux-mêmes , s’il eût voulu les consulter , T eussent mis en étatd’entrer dans le détail de Tordre & de la distribution des troupes des deux armées , &des fuites d’une action si mémorable. Le plan de cette bataille, quoique fidèle & prisfur les lieux, ne peut être entendu que des gens du métier : car ce n’est pas ici la rou-tine qui parle , c’est la science toute parfaite , & cette science n’est connue que d'unsort petit nombre de personnes.

T’ai ouï faire le récit de cette bataille à feu M. de Gadagne , un des plus sçavansOfficiers Généraux d’infantérie de son tems; ce qui fait que je ne ferai pas tout-â-fait con-forme à Mérian dans bien des circonstances: c’est un ouï-dire d’un ouï-dire, dira-t-on,j'y consens ; mais les choses que Ton apprend des grands hommes par ouï-dire, ne fontpas moins dignes de passer a la postérité , quoiqu’aucun Auteur n’en ait parlé ; 8c lesAuteurs qui ne font pas du métier font de pauvres gens , s’ils ne consultent que leursLivres dans les événemens qui se sont passez de leur tems.

Walstein , qui commandoit l’armée Impériale , bien informé que les Suédois s’avan*soient du côté de Lutzen , décampe fur cette nouvelle, & tire droit de ce côté-là avectout ce qu’il avoir de forces. II les prévient dans ce poste, & fe campe dans un terrainextrêmement avantageux, car il avoit pour champ de bataille une plaine d’assez grandeétendue pour y ranger toutes ses troupes. Il avoit le ruisseau de Chusitz à fa gauche,& un petit bois au-delà qui laissoit un espace découvert capable de contenir une partie de sacavalerie , qu’il appuia à ce bois, & rangea T autre en deçà de ce ruisseau , qui étoitguéable & praticable par tout.

La cavalerie de la droite s’étendoit jusques vers Lutzen , qu’elle âvoit en face ; maiscraignant que dans le combat les ennemis ne se fissent un passage par la ville pour tomberfiir les flancs de cette droite , qui étoit tout proche, il y fit mettre le feu : cette pré-Tom. /. m eau-