Í4. HISTOIRE DE POLYBE,
xJe l’Espagne qui obéiííòit aux Carthaginois. Là il rencontra les Am-baiíàdeurs Romains, & leur donna audience: ceux-ci prenant les Dieuxà témoin , lui recommandèrent de ne pas toucher à Sagonte, qui étoitfous leur protection, & de demeurer exactement en-deçà del’Ebre, se-lon le Traité fait avec Afdrubal. Annibal, jeune alors , & passionnépour la guerre , heureux dans ses projets , & animé depuis longtems.contre les Romains, répondit, comme s’il eût pris le parti des Sagon-tins, qu’une sédition s’étoit depuis peu élevée parmi eux, qu’ils avoientpris les Romains pour arbitres, 8c que ces Romains avoient injustementcondamné à mort quelques-uns des Magistrats ; qu’il ne laiíïèroit pascette injustice impunie ; que de tout teins la coutume des Carthaginoisavoir été de prendre la défense de ceux qui étoient injustement persécu-tez. Et en même tems il dépêchoit au Sénat de Carthage pour sçavoircomment il en agiroit avec les Sagontins, qui fiers de l’alliance des Ro-mains, en usoient mal avec quelques-uns des sujets de la République. Enun mot il ne raisonnoit pas, il n’écoutoit que la colère 8c l’emportementdont il étoit aveuglé. Au lieu des vraies raisons qui le faisoient agir, ilse jettoit sur des prétextes frivoles : égarement ordinaire de ceux qui,
Í ,eu touchez de {'honnête , ne suivent que les passions dont ils se sontaiííèz prévenir. Combien n’eût-il pas mieux fait de dire , qu’il falloirque les Romains rendiíîent la Sardaigne aux Carthaginois, & les dé-
çhargeaíïênt du tribut qu’ils leur avoient injustement imposé, dans lestems malheureux, où ceux-ci avoient été chastèz de cette Iíle , & qu’iln’y auroit de paix entre eux 8c les Carthaginois qu’à cette condition ! IIlui est arrivé de là, que pour avoir caché la vraie raison qui lui mettoitles armes à la main, 8c en avoir allégué une qui n’avoit nul fondement,il a paíle pour avoir commencé la guerre non seulement contre le bonsens, (a) mais encore contre toutes les régies de la justice.
Les
(a) Il apaffé pour avoir commencé la guerre, nonfeulement contre le bon sens , maïs encore contre tou-tes les régies de la jujiice.'] Les Romains étoientaussi peu, Sc peut-être moins scrupuleux à violerles Traitez de paix les plus íòlemnels que ne l’é-toient les Carthaginois. Je prie mes-Lecteurs deíe souvenir de ce que j’ai dit dans mon socondTome, encore n’ai-je pas approfondi cette ma-tière autant qu’elle le mérite à l’égard des pre-miers , qui ne le cédoient guéres, ou qui sorpas-soient même les derniers en matière de fourberie,de mauvaise foi 8c de perfidie dans leur politique8c dans les Traitez faits avec leurs voisins. Ona eu tort de croire que cette guerre d’Annibal é-toit injuste, 8c une infraction formelle du Traitéde paix. Pour peu qu’on réfléchisse sor les rai-sons que le Général Carthaginois allègue aux Am-baíîàdeurs Romains pour justifier là guerre contreles Sagontins, on conviendra de la justice de cet-te guerre. Annibal se plaint aux Ambassadeurs ,,8c. leur fait voir qu'il est ,en droit de faire la guer-
re à Sagonte, qu’il ne fait rien au préjudice duTraité en vengeant les injures reçues ; il leur enfait l’énumération : on ne volt pas que ces Am-bassadeurs les traitent d'imaginaires. II est aílèzordinaire à des alliez qui se sentent soutenus d’u-ne puissance redoutable, de peu ménager 8c d’userde violence envers ceux d’une autre plus foible ,moins à craindre , 8c moins en état d’en tirerraison par les armes, peur venger les outragesdesamis du plus fort. Ces plaintes d'Annibal sontfort .aisées à persuader.
„ C est une question , dit un Auteur célèbre ,,, de içavoir , si le nom d’alliez ne comprend„ que ceux qui le sont effectivement , loriqu’ost„ traite ensemble ; ou s'il comprend aussi ceuX,, qui le deviennent après le Traité conclu , tel„ qu’étoit ie Traité entre le peuple Romain W-„ les Carthaginois après la guerre de Sicile , par-, lequel il eroit porté , que les alliez des deux„ peuples ne pourroient être attaquez parl’une ni„ par l’autre des deux parties.
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