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Tome IV.
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LIVRE III. C H A P IV. *r F

main , qui se flattoit de la même espérance , prévoiant que cette guer-re seroit importante , de longue duree , & fort éloignée de la patrie*crut qu’avant toutes choies il ralloit mettre ordre aux affaires d’Illyrie. ê,Car Demetrius de Pharos, oubliant les bienfaits qu’il avoit reçûs deàRomains, Lc passant même jusqu’à les mépriser, parce qu’il avoit vû lafraieur où les avoient jcttez les Gaulois, 6c qu’il voioit celle où les jet-toient actuellement les Carthaginois , espérant d’ailleurs beaucoup desRois de Macédoine, qui dans 1a guerre de Cléoméne s’étoient ioints àAntigonus , s’avisa vers ce tems-là de ravager 6c de renverser les villesd’Illyrie qui appartenoient aux Romains, de passer avec cinquante fré-gates au-delà du Liíìe , contre la foi des Traitez , 6c de faire le dégâtaans la plupart des Iíles Cyclades. Ces désordres attirèrent l’attentiondes Romains, qui voioient la Maison Roiale de Macédoine dans un étatfloriíïànt, 6c ils mirent tous leurs foins à pacifier 6c à s’aíTûrer les Pro-vinces situées à l’Orient delTtalie* ils sepersuadoient qu’il seroit encoretems de prévenir Annibal, lorsqu’ils auroient fait repentir les Illyriensde leur faute , 6c châtié l’ingratitudc 6c la témérité de Demetrius. Ilsse trompoient: Annibal les prévint, 6c se rendit maître de Sagonte. Ce

les guerres, mais plutôt de les chercher Sc de lesfaire naître par toutes sortes de moiens bons oumauvais, Lc par toutes les régies de leur politiqueocculte , peu honnête Lc tres-artificieulè. Danscette guerre c’est toute autre choie , ils dormenttranquillement fur la foi de leur renommée Lc furla terreur de leur nom,tandis que les autres veil-lent ; ce n’est pourtant pas íàns être avertis desavantages Lc des progrès de leurs ennemis en Es-pagne , de l’oppression des Sagontins, Lc de leurruine prochaine. Ils écoutent toutes ces nouvel-les, Lc fe rendorment très-profondement. Leurpolitique fut toujours de prévenir i’agrandifl’e-ment des Carthaginois .aujourd’hui ils attendentqu’ils soient agrandis , & que leur puiíïànce aitaugmenté au point qu’ils soient en état de les at-taquer , pour venger Tuíùrpation de la SardaigneSc les conditions honteuses attachées -à un Traitéde paix tyrannique, qu'une triste nécessité extor-qua dans l’extremité de leurs affaires. Les Ro-mains sc réveillent enfin de leur profond assou-pissement: seroit-ce pour marcher au secours deSagonte, ou pour en empêcher le siège ? Non: lecroira t-on d’un peuple actif, qui croioit perdrebeaucoup dans la paix & íàns la guerre? Bien loinde la délirer Lc do la faire, il a recours à la négo-ciation. Ce peuple fi haut Lc si fier , ne trouvepas qu’il lui soit honteux d’envoier des Ambassa-deurs au Général de Carthage, pour écarter uneguerre où leur honneur les oblige d’entrer. A-t-on pris garde à une démarche si timide Lc si in-digne? Seroit-ce qu’ils craignoient la supérioritéf U ij > h hardiesse déterminée Lc la grandeha du Générai Carthaginois ? Parlons sincè-

rement , ses grandes qualitez 8c ses actions extra-ordinaires faii’oient peur aux Romains, qui íen-toienî assez, leur indigence Lc leur disette en ma-tière de pareils hommes : en un mot ils man-quoient de Généraux capables de tenir tête con-tre Annibal, Lc leur Sénat n’étoit pas mieux four-ni de gens capables de bons conseils. Il paroîtmême aussi que leur discipline militaire avoit éténégligée. Le moien que cela n’arrive pas avecdes Généraux malhabiles, íans génie, fans appli-cation, íàns aucune expérience, & par conséquentd’une ignorance extrême: car la présomption nemarche jamais fans l’avoir pour compagne. Toutcela se remarque dans les Généraux qu’il plut auSénat d’oppoíèr à un Chef d’armée tel qu’Anni-bal, qui les joua d’une étrange forte. 11 ne fautpas être surpris, après ce que je viens de dire, siles Romains parurent si circonspects Sc si incer-tains dans le parti qu’ils avoient à prendre. II ya beaucoup d’apparence qu’ils ne se promettoientrien d’avantageux de cette guerre. Un Prince sa-ge 8c éclaire doit l’éloigner autant qu’il lui estpossible, lorsqu’il se voit dépourvu de gens capa-bles de la bien conduire : la négociation est leseul Sc Punique moien, loríqu’on s’y prend d’unemaniéré qu’on ne puisse soupçonner que Ton craint.Les Romains n'en usèrent pas ainsi, ils s’humilié-rent jusques-là d’envoier des Ambassadeurs au Gé-néral Carthaginois , avec ordre de passer à Car-thage. Mais leur négociation en Espagne 8c àCarthage aboutit à rien, elle fit voir leur faibles-se dans toute &n étendue, 8c ae leur apporta q ucde U honte 8c du déshonneur,

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