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Tome IV.
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LIVRE m. CHAP. VIII. 47

la défense des grandes rivières, comme dans celle des petites, fut reprochée à M. léMaréchal de Catinat avec beaucoup de raison.

Cinq ans après M. le Duc de Vendôme tomba dans une faute semblable , comme jel’ai dit plus haut. Ce qu’il y> de bien singulier, c’est que M. le Prince Eugène se ser-vir de la même ruse contre tous les deux, fur la même rivière, & l’ennemi passa tou-jours à Tendroit où M. de Saint-Fremont commandoit le plus commodément du mon-de : tant cet Officier Général étoit entendu, alerte & vigilant. Ce qu’il y a de plussurprenant, c’est qu’il sut toujours écouté & récompensé comme un habile homme. IIne manqua jamais de raisons pour excuser ses fautes , & les rejetter fur d’autres,qui n’y avoient nulle part, pour bien faire ses affaires, & assez mal celles de sonMaître.

Dans ces sortes de conjonctures celui qui veut passer a un très-grand avantage fur sonennemi, qui ne sçauroit recevoir aucun avis, ni rien connoître de ses mouvemens qu’a-près le coup fait. On donne jalousie en plusieurs endroits à trois ou quatre lieues lesuns des autres, & l’on fait même mine de négliger le véritable. Lorsqu’on s’est apper-çû de ces différeras mouvemens, & que l’ennemi s’est partagé en plusieurs campemens& selon ses craintes, qu’il s’est par conséquent assoibli par tout, & que ses quartiers

sont trop éloignez les uns des autres pour s’entresecourir, on doit alors tenter en ces en-droits-là : on a le tems de s’étabíir & de battre tout ce qui s’oppose d’abord à notre pas-sage, avant qu’on ait le tems de rassembler d’asséz grandes forces pour attaquer ce quia déja passé , qui groffit Sc augmente toujours a mesure qu il en passé davantage.Pendant ce tems-là on établit son pont, on se saisit dês postes les plus avantageux, on íèrempare avec des arbres coupez à la tête du pont, & l’on fe forme derrière cet abattisque l’on étend I mesure qu’il passe des troupes.

Si l’on trouve un rivière qui ait son confluant dans le fleuve que l’on veut paíïèr, oridoit choisir cet endroit préférablement à tout autre : l’ennemi ne s’apperçoit ni ne vòitrien de ce qui fe passe en dedans, les préparatifs fe font fans péril & avec beaucoup plusde secret & de diligence. Pendant ce tems-là l’on tâche de faire diversion des forcesde l’ennemi, par des contremarches dont il ne puisse être informé , & qui lui puissentfaire croire qu’on n’a nulle envie d’attaquer de ce côté-là , où l’on laissera un grandcorps de troupes embusqué ; on fera même mine de jetter un pont à trois ou quatrelieues au-dessus ou au-dessous du fleuve. II est bien difficile que l’ennemi ne prennepas le change, lorsqu’il voir une armée qui décampe d’un endroit pour tenter le passageen tout autre , pendant qu’on lui dérobe la connoissánce des préparatifs qu’on fait ail-leurs, & des troupes pour la descente. La nuit toute cette armée qui aura tenté le jour,décampera à la sourdine pour se rendre en diligence à l’endroit où l’on aura résolu lepassage. Tous les bateaux sortiront de la rivière, & entreront dans le fleuve pour pas-ser au-delà.

Les premières troupes qui auront débarqué, attaqueront fortes ou foibles tout ce quife présentera devant elles ; elles occuperont les maisons les plus proches de la rive dufleuve & des endroits les plus avantageux, & s’y fortifieront le mieux qu’il fera possi-ble par des arbres coupez, autant que le tems & les lieux leur pourront permettfe. Lepilleur & le plus prudent , est d’attaquer d’abord l’ennemi, qui fe trouvant surprisfait moins de résistance. Il arrive souvent qu’on abandonne le poste pour fe joindre au£ r °s, ou pour attendre le secours des troupes les moins éloignées, pour marcher ensui-te à celles qui ont d’abord percé ; mais lorsqu’on prévient ce secours & qu’on attaquece qui se rassemble, ce premier avantage , quelque petit qù’il soit, grossit extraordinai-rement, jette la terreur par tout, & anime davantage le victorieux, dont le mondé aug-mente à mesure que les bateaux ou les radeaux reviennent chargez de nouvelles troupes.

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