jc HISTOIRE DE POLYBE,
l’on attaquera l'ennemi brusquement & sans délibérer pour s’étendre , gagner du ter-rain , & occuper les endroits qui paroîtront les plus avantageux. Par cette méthodechaque arme se trouve en fa place, & chacune se soutient réciproquement.
Pendant qu’on en est aux mains , qu’on avance, & qu’on s’étend le long des rivesdu fleuve, qu’on fait occuper le haut des digues, s’il s’en trouve, comme M. le Prin-ce Eugène fit fur le Pô & le Canal-Blanc, on y poste du canon , ou l’on tâche de leplacer fous la protection des Colonnes, n’y en aiant pas de meilleure, au jugement desplus habiles Officiers d’artillerie.
Comme il est à craindre après une première action qui aura réussi , que les diverscorps campez le long du fleuve ne viennent se rassembler , & qu’ils ne marchent aprèscette jonction pour fondre fur ce qui aura passé , chose rare pourtant , il est toujoursbon de fe précautionner. Le meilleur n’est pas de lever terre, on ne le doit point , sil’on peut fe couvrir par des arbres coupez, qui, comme je l’ai dit si souvent, est l’ob-stacle le plus redoutable & le plus grand qu’on puisse opposer au nombre & à kvaleur.
Si l’ennemi s’est retranché fur le bord de l’eau fans laisser aucun terrain pour se for-mer , l’attaque devient très-difficile & très-dangereuse. Il faut nécessairement que lessoldats puiílent combattre fur un terrain ferme , & capable de contenir deux cens hom-mes de front fur dix de profondeur : car quand les bateaux ne tireraient qu’un piedd’eau , il n’est guéres possible que les soldats puissent agir & combattre avec quelqueespérance de succès ; s’ils ont le pied dans l’eau , ils perdent toute leur force , & cettelégéreté, si nécessaire dans une attaque brusque & impétueuse. L’ennemi peut opposerencore d’autres obstacles & des pièges dans l’eau comme fur le bord , qui peuvent ren-dre la descente presque impratiquable. Celui qui attaque doit prévoir tous ces obstaclesqu’on pourrait lui opposer, & s’être précautionné contre tout événement. On plantesouvent des pieux dans l’eau à une certaine distance, ce qui empêche que les bateaux oules radeaux ne puissent avancer. On y jette des arbres entiers avec toutes leurs branches,autre obstacle qui vaut bien les pieux. On pratique quelquefois des puits près du bord.Tout cela fait perdre un tems infini, pendant qu’on est exposé à des salves continuelles,qui font périr une infinité de braves gens; mais il est très-rare que l’on se serve de cesruses. Si on les mettoit en œuvre dans le passage des grandes rivières comme dans celuides plus médiocres, ces fortes d’entrepriscs deviendraient plus sérieuses qu’on ne pense ;mais pár je ne sai quelle fatalité , on trouve presque toujours des Généraux qui négli-gent ces fortes d’obstacles, & qui se moquent même de ceux qui les leur proposent , cequi est à peine concevable ; ils croient l’ennemi capable de surmonter tout , & fontconnottre par-ll qu’ils ne font eux-mêmes capables de rien. Le Marquis de Santa-Cruz, qui a donné au public de si beaux Ouvrages fur la guerre , pratiqua cette mé-thode dans la mer même : car craignant une descente à Cagliari , capitale de la Sardai-gne, il fit enfoncer de gros pieux dans l’eau fur plusieurs rangs , de forte qu’il étoitimpossible d’aborder le rivage.
Le meilleur expédient pour surmonter ces sortes d’embarras dont je viens de parler »est de faire des ponts fur un des cotez des bateaux qu’on retient avec des cordages, oupar deux mâts qu’on laisse tomber , ou qu’on baisse en maniéré de pont-levis. Leurlongueur doit être au moins de deux toises : ce font des espèces de fambuques, pourparler le langage des Ancien*. J’en donnerais la figure, s’il n’y en avoit une dans montroisième Tome page 17. C’est une échelle de quarante pieds de largeur qu’on abatfur la muraille ; mais on peut l’imaginer semblable à un pont, & l’on se trouvera
au fait.
A k surprise du château d’Hostilia , que j’avois proposée à M. le Grand Prieur de
V en-