5 s HISTOIRE DE POLYBE,
ordres pour le pastàge des éléphans , il assembla son armée , fît appro-cher Magile, petit Roi qui l’étoit venu trouver des environs du Pô, 8cfit expliquer aux soldats par un Interprète les résolutions que les Gau-lois avoient prises , toutes très-propres à donner du cœur 8c de la con-fiance aux soldats. Car fans parler de l’impression que devoit faire fureux la présence de gens qui les appelloient à leur secours , 8c qui leurpromettoient de partager avec eux la guerre contre les Romains ; ilsembloit qu’on ne pouvoit se défier de la promeílè que les Gaulois fu-ioient de les conduire jusqu’en Italie par des lieux , où ils ne manque-roient de rien, & par où leur marche seroit courte & sûre. Magile leurfaisoit encore des descriptions magnifiques de la fertilité 8c de I’étenduedu pais où ils alloient entrer , 8c vantoit fur tout la disposition , oùétoient les peuples , de prendre les armes en leur faveur contre lesRomains.
Magile retiré, Annibal s’approcha , & commença par rappeller à sessoldats ce qu’ils avoient fait jusques alors : il dit que quoiqu’ils se fus-sent trouvez dans des actions extraordinaires 8c dans les occasions lesplus périlleuses , ils n’avoient jamais manqué de réussir , parce que do-ciles à ses conseils , ils n’avoient rien entrepris que fur ses lumières }qu’ils ne craignissent rien pour la fuite ; qu’après avoir passe le Rhône&s’être acquis des Alliez aussi affectionnez que ceux qu’ils voioient eux-mêmes , ils avoient déja surmonté les plus grands obstacles ; qu’ils nes’inquiétaísent point du détail de l’entreprise ; qu’ils n’avoient qu’à s’enreposer fur lui : qu’ils fuísent toujours promts à exécuter ses ordres jqu’ils ne pensassent qu’à faire leur devoir , & à ne point dégénérer deleur première valeur. Toute l’armée applaudit , & témoigna beaucoupd’ardeur. Annibal la loua de ses bonnes dispositions, fit des vœux auxDieux pour elle , lui donna ordre de sc tenir prête pour décamper lelendemain matin, 8c congédia l’Assemblée.
Combat 8ur ces entrefaites arrivent les Numides qui avoient été envoiez à ladeux découverte. La plupart avoient été tuez , le reste mis en fuite. Apanis, peine sortis du camp , ils étoient tombez dans la marche des coureursRomains envoiez aussi par Publius pour reconnoître les ennemis, & cesdeux corps s’étoient battus avec tant d’opiniâtreté, qu’il périt d’une partenviron cent quarante chevaux tant Romains que Gaulois , & de l’au-tre plus de deux cens Numides. Après ce combat les Romains enpoursuivant Rapprochèrent des retranchemens des Carthaginois , exa-minèrent tout de leurs propres yeux, 8c coururent aussi-tôt pour infor-mer le Consul de l’arrivée des ennemis. Publius fans perdre de tems,mit tout le bagage fur les vaisseaux, 8c fit marcher le long du fleuvetoute son armée dans le deísein d’attaquer les Carthaginois,des^é- ^e lendemain à la pointe du jour , Annibal posta toute ía cavaleriephans. du côté de la mer comme en réservé , 8c donna ordre à l’infanterie dese mettre en marche. Pour lui il attendit que les éléphans 8c les soldats
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