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Tome IV.
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6 8 HISTOIRE DE POLYBE,

Cependant il ne lui resloit plus que douze mille Africains & huitmille Espagnols d’infanterie, & six mille chevaux. C’est de lui mêmeque nous sçavons cette circonstance, qui a été gravée par son ordre furune Colonne près du Promontoire Lacinien.

Du côté des Romains, Publius Scipion, qui, comme nous Pavonsdit plus haut, avoir envoié en Espagne Cneius son frère, & lui avoit

recommandé de tout tenter pour en chaílèr Afdrubal ; Scipion , dis-je,débarqua au port de Pifes avec quelques troupes, dont il augmenta lenombre en paíïànt par la Tyrrhénie, où il prit les légions qui, fous lecommandement des Préteurs , a voient été envolées là pour faire la guer-re aux Boiens. Avec cette armée il vint aussi camper dans les plainesdu Pô , preste d’un ardent désir d’en venir aux mains avec le GénéralCarthaginois.

Pour . Mais laislòns pour un moment ces deux Chefs d’armée en Italie, ouquoi nous les avons amenez , & avant que d’entamer le récit des combats

a omis qu'ils fe font donnez, justifions en peu de mots le silence que nous avonscertai- S gardé jufqu’ici fur certaines choses qui conviennent à l’Histoire. Carms cho- ne manquera pas d’être en peine de fçavoir pourquoi, après m’êtrees ’ fort étendu fur plusieurs endroits de P Afrique & de P Espagne , je n 5 aiparlé ni du détroit que forment les Colonnes d’Herculè , ni de lamer qui est au-delà , ni de ce qu’il y a fur cette mer de particulier,ni des Istes Britanniques , ni de la maniéré de faire l’étain , ni del’or ni de l’argent que PEfpagne produit, choses cependant fur les-quelles

appelle imprudent gc téméraire , & pis encore.Tout ce qui suroît extraordinaire , dit SaíntvEvre-mont , faroìt, grand, file succès efl heureux, com-me tout ce qui efl grand parois fou quand l événe-ment est contraire. Annibal a-1-il la fortune favo-rable > couvre t-il de honte 8c de confuiìon lenom Romain , il palse pour l’un des Guerriers leplus digne de nos éloges 8c des plus illustres del’antiquité, & il l est en effet dans toutes les qua-litez qui forment les grands hommes, quand mê-me il auroit été exterminé après la bataille deCannes : puis que nous ne jugeons pas du mérite desGénéraux d'armées par les événemens. Je nevois que Céíâr qui puifle lui être comparé. Ap-pliquons á cet habile Chef de guerre ce que Piu-tarque applique à Paul Emile. Pour ce qui est desglorieux succès qu’il eut dans cette guerre , quandje vois qu’une partie est dâe a Jon audace , une au-tre a fa prudence , une autre à la confiance de sestroupes, une autre enfin a. la confiance avec laquelleil fi'' maintint dans les plus grands périls , & prit.toujours le bon parti dans les conpnSures les plusdifficiles, j avoue que dans tous f es exploits je r’entrouve pas un d’éclatant efi de singulier qu'ors puijfeimputer d la fortune.

Je dis plus de cet Africain célébré- ii doit touti lui-même fans aucun partage de gloire. -Mais ,

diront quelques-uns, quel langage tiendriez-vouss’il avoit succombé sur la Trébie ou à Cannes ?Pas autre choie, sinon que nous rabattrions beau-coup de nos éloges : car c’est la victoire contreun ennemi redoutable par le nombre , par la va-leur 8c par la conduite qui caractérise les grandsCapitaines ; 8c loríqu’on se fait battre dans desbatailles, où l’on commet de lourdes fautes, c’estmanque d’habileté, lorsqu'il n’arrive aucun de cessortes d’accidens qui font au-dessus de la pré-venance humaine. On ne laisse pas pourtant mal-gré 1a mauvaise fortune, âpres plusieurs victoires,d'admirer la grandeur de l’cntreprise 8c la har-diesse de l'execution. J ’aurois loué Annibal, s’ileût été battu fur la Trebie íàns pouvoir s’en re-lever, comme je loue Charles XII. Roi de Sué-de de son expédition en Moscovie après rant devictoires remportées. II n’avoit plus qu’uu pas àfaire. Combien en avoit-il déja fait de bons? IIen fit un très-malheureux à Pultowa : je distrès-malheureux , une blessure qu’il reçut deuxou trois jours avant cette malheureuse journéele mit hors d’état d'agir , & un grand Capitaineest rarement remplacé par un de ses Lieutenanscontre un puissant ennemi digne dil Maître qu’iln’a plus en tête , 8c fort au-dessus de celui quiprend fa place.