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Tome IV.
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LIVRE III. CHAP. XI. 77

nature eût été le dernier de sa vie. Voilà en peu de mots comme l’action se passa, &comme je conjecture que ce grand Capitaine avoir disposé ses gens.

§. II.

Fautes des deux partis. Sentiment de l’Auteur fur la guerre des montagnes. Ou’elle

efi de toutes la plus difficile gr la plus profonde ; qu elle demande une grande con-noiffiance du pais , un esprit rusé , & une théorie peu commune dans la science des

armes.

U N Général qui s’endort fur la foi d'un Traité , s’éveille dupe. Cela arrive pres-que toujours lorsqu’on entre dans un pais fans avoir au préalable demandé lepassage. La bonne politique exigeoit qu’Annibal le traversât fans le demander ; de peurqu’étant refusé , ces peuples ne s’assemblassent pour lui disputer le passage de leursmontagnes, & qu’ils n’appellassent les Romains à leur secours. D’ailleurs il n’y avoirpas trop à s’y fier, comme il y parut: car après avoir fait un Traité avec eux , ils lerompirent fans façon; s’il eût marché fans nuls équipages , il eût passé fort tranquille-ment. Quoiqu’en dise notre Auteur, le Carthaginois fut surpris, & manqua dans lesprécautions dans un pais où l’on ne sçauroit trop en prendre, & ou 1 on doit etre dansUne perpétuelle défiance. Il oublia de se saisir des passages & du sommet des montagnesqui fermoient la valée, il eût dû y porter son infanterie legere , il couvroit pai la íamarche. Cette faute, qui n’est pas peu considérable , donna la hardiesse à ses ennemisd’entreprendre fur son arriéregarde, & de profiter des hauteurs , dont ils firent leur ca-pital ; ce qu’ils n'eussent jamais fait, s’ils n’en eussent été les maîtres, fans s’exposer auxmêmes dangers dont les Carthaginois ne pûrent fe garantir. Quand on fe trouve engagédans un détroit de montagne, on commence par fe saisir du haut qui domine sur la mar-che ; on sait fouiller les bois & les villages qui les bordent, on y prend poste , & on!les abandonne à mesure que l’armée avance. Cette faute d’Annibal faillit à le perdre,& l’eût perdu cn effet , si ces peuples n’eussent manqué de Chefs capables de lescommander. ì

Les sautes où ces Chefs tombèrent font d’autant moins excusables , que les hommesqu’ils commandoient ne le cédoient en rien aux Carthaginois. Il y paroit assez par cequ’ils firent. Ils n’a voient donc qu’à fe servir des avantages que le païs leur offroit,mais ils les négligèrent. On auroit cru qu’ils leur étoient entièrement, inconnus. Ledessein d’Annibat n’étoit pas de leur faire la guerre & d’attenter fur leur liberté , ils nepouvoient l'ignorer: il ne demandoit que le passage- Ils le sçavoient bien. Ils n’igno-roient pas non plus que , quelque mal qu’ils fissent ì Annibal , ce Général pensoit àtoute autre chose qu’à leur faire la guerre & à fe venger. C’est ce qui les rendit moinscontraints à l’attaquer en vertu de ses équipages, dont ils defiroient fort de fe fat sir. Cefut la feule raison qui leur fit tenter un dessein autant bien conçu que mal digéré-. cars’ils n’en voûtaient qu’aux bagages, pourquoi' attaquer l’arriéregarde, puisqu’ils étoientmaîtres des hauteurs qui domìnoient fur la marche ? Il falloir passer fur le ventre de toutce q u’il y avo it d’infanterie d’élite de l’armée Carthaginoise avant que de percer jus-qu’au bagage , ce qui n’étoit pas fort aisé. N’eussent-ils pas mieux fait de fe présenter'à l’arriégarde & de la tenir en échec , que de l'attaquer de droit front , pendant que leplus sort fût tombé fur la file des équipages, qui n’étoit escortée que de la cavalerie &des armez à la légère, fans qu’il fût possible aux troupes de 1a tête , comme à celles dek queue, d’accourir au secours dans des chemins étroits & parmi 1a file des bagages:outre qu’il falloir un tans considérable pour arriver au lieu du combat, 8c que dans ces

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