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LIVRE III. CHAP. XI.
§. m-
Oue l e nombre fait se* dans la guerre des hautes montagnes. Çhf une marche dans cessortes de pais efl la chose du monde la plus délicate. Précautions 4 observer. Ou iln'appartient qu'aux Généraux du premier rang d'y soutenir une défensive. Que la dé-fensive , quelque foible qu on soit, nous met en état de tout ejperer & d opprimer leplus fort, quelque supérieur qu il puijfe être.
I L s agit maintenant d’entrer dans cette partie de la guerre qui a du rapport à I actiond'Annibal. Nous en avons dit quelque chose dans nos Observations fur la guerrest’Amilcar Barcas contre l’armée rebelle d’Afrique; mais il s’en faut bien que nous aionsépuisé cette matière , & il s'en faudra de beaucoup auffi que nous en puiíïìons voir
le bout dans ce Paragraphe. Elle renferme trop de cas particuliers. Polybe nous four-nira encore quelque occasion d’en parler. Il faut avouer que cette sorte de guerre est peuconnue. Cela paraît par tout ce que nous avons vû pratiquer dans les Alpes & lesPyrénées. Auffi nous nous sommes déterminez à la creuser auffi profondément quenous en sommes capables, & d’appliquer aux faits nos principes & notre méthode, selonque ces faits se présenteront dans le cours de cet Ouvrage.
Une longue expérience dans cette forte de guerre ne suffit pas pour nous y rendre capa-bles, puisque nous avons vû de nos jours que ceux qui 1 ont le plus piatiquee , fonttombez dans les fautes du monde les plus groífieres ; & ce qu il y a de moins excusabledans toute leur conduite , c’est qu'ils ont laisse echaper des occafions capables de finir laguerre, bien moins par défaut de courage & de hardiesse , que par manque d’habileté.Car il en faut tant , que je ne fuis nullement surpris qu’il se soit trouvé si peu d’Offi-ciers qui se íont apperçûs de leurs fautes. Cette forte de guerre demande des qualitez-extraordinaires dans celui qui s’en mêle , un grand sens , un génie rusé & entreprenant rune intelligence du païs toute particulière, & une théorie peu commune. _
> Les marches renferment le plus difficile. Le succès d’une entreprise importante oud’une retraite, & notre salut même, en dépendent le plus souvent. Vous voilà dansUne valée serrée de hautes montagnes, n’y a-t-il qu’à marcher? Si les précautions , qui9 e font/pas en petit nombre , ne nous assurent ce passage, ces montagnes , dit-on , fontlr npratiquables. Cela arrive souvent. Mais fi l’on y fait bien attention , il n y en apresque point d’inaoceffibks, & qui n’aient des revers. On fera surpris comment tant"armées n’ont pas péri dans ces détroits. Bien qu’il y en ait une infinité d’exemplesdans l’Histoire, nous ne sommes pas pour cela plus sages, ni l’ennemi, qui nous y voiten gagez, plus habile pour profiter de l’occafion & aller nous boucher l’entrée , pendantffii’il peut aisément en faire tout autant à la sortie. On doit donc s’informer des reversdes montagnes par ou l’on doit passer , & songer que ce qui nous parait insurmontablene lest pas toujours , & que ce qui l’est effectivement en certains endroits ne l’est pasen certains autres. On fait quelquefois marcher de l’infanterie à mi-côte , pendantstu'on laisse le haut , qùi est le plus important. Annibal faillit à périr avec toute sonar mee, pour avoir négligé ces fortes de précautions. J
Les postes & l e nombre fervent souvent de peu , fi en s’assûrant d’un passage & desMontagnes qui resserrent des deux cotez la marche , on néglige les autres postes plus& ceux mêmes qu’on abandonne , & dont on ne croit plus avoir besoin. ToutE sérieux, tout est digne de méditation , tout est d'une extrême importance , & les
moindres fautes sont capitales dans ces sortes de païs tout couverts de pièges contre unennemi vi gilant, habile & entreprenant. Tel croit avoir la clef des champs , qui re-trouve*