Batailledu Té-sin.
HISTOIRE DE POLYBE,
congédia rassemblées avertit qu’on se tînt prêt à marcher au premier ordre.
Le lendemain les deux armées s’avancérent l’une contre l’autre le longdu Tésin, du côté qui regarde les Alpes, les Romains aiant le fleuve àleur gauche, Sc les Carthaginois à leur droite. Au second jour les four-ra°eurs de part Sc d’autre aiant donné avis que l’ennemi étoit proche ,on campa chacun dans l’endroit où il étoit. Au troisième Publius avecfa cavalerie , soutenue des armez à la legere , Sc Annibal avecsa cavalerie seule , marchèrent chacun de son côté dans la plaine pourreconnoître les forces l’un de l’autre. Quand on vit à la poussière quis’élevoit que l’on n’étoit pas loin , on se mit en bataille. Publius faitmarcher devant les archers avec la cavalerie Gauloise , forme sonfront du refle de ses troupes, Sc avance au petit pas. Annibal lui vintau-devant, aiant au centre l’élite de la cavalerie à frein, Sc la Numide(a) fur les deux ailes , pour enveloper l’ennemi. Les Chefs & la ca-valerie
(a) Aiant au centre l’élite de la cavalerie àfrein , & la Numide sur les deux ailes ] La cava-lerie Numide mérite un article dans ce Com-mentaire : car íi je n’apprenois à mes Lecteursce que c’étoient que ces sortes de troupes , leplus grand nombre m’en fçauroit un très-mau-vais gré. Si nous les comparions à nos Hus-sards ou aux Tartares , dont les Turcs se ser-vent íì utilement dans leurs armées , je ne croispas que l’on y trouvât beaucoup à redire. Lacavalerie Numide étoit excellente, 8c d’un usa-ge infini dans les armées des Anciens. Elle n’é-toit guéres propre à -combattre en ligne 8c patescadrons , mais seulement pour harceller unearmée, pour les entreprises promtes , pour en-trer dans un pais, le mettre íòus contribution ,tomber fur un convoi, fur une arriéregarde, furles bagages d’une armée : en un mot ces gens-là étoient d’un très-grand service, hardis 8centreprenans , pillards 8c larrons au-delà de cequ'on peut imaginer , 8c leurs defeendans n’ontpas dégénéré, 8c le font encore : car parmi eux lesvoleurs lònt estime? 8c considérez. Je ne sçaidans quels Historiens j’ai lû que ces gens-là me-noient toujours en main un second cheval ,comme font encore les Tartares , pour changerdans le besoin. Annibal s’en servit utilement.Ils se rendirent d’autant plus redoutables auxRomains, que ce grand Capitaine , par l’exceì-lence de íâ discipline militaire, les fàiióit com-battre en ligne, 8c fur les ailes de son armée.
De la façon qu’ils font représentez fur la Co-lonne Trajane 8c fur d’autres monurnens anti-ques, je soupçonne fort que les Sculpteurs, se-lon leur louable coutume , ne les aient habillezd imagination ou à la mode de leur pais , quisubsiste encore , 8c cette mode est ia belle natu-re , nus comme la main , 8c les chevaux toutcomme leurs maîtres : ils n’avoient pour toutvêtement qu’un petit mantelet , comme celuid’un Capucin ou d’un Recolet. Je fuis persua-
dé qu’ils étoient équipez ainsi dans leur priscomme ils le sont encore aujourd’hui ; mais dansles armées où ils fervoient ils dévoient être vê-tus fort à la légére, comme nos Huíîàrds, mal-gré 1 autorité des Auteurs, qui nous aííùrent deleur nudité pleine 8c entière fans nul k vergo-gne. Je les crois un peu Sculpteurs sor cepoint-là. Ce qui prouve que le Numide > dontla figure est représentée dans l’Antiquité expli-quée (a) , ‘ est une pure rêverie du Sculpteur «c’est que ces sortes de troupes étoient arméestout comme les cavaliers. Ils avoient donc unbouclier 8c le javelot '. on appclloit le bouclierCétre ou Felte. Je trouve le bouclier dans la fi-gure. Je ne fuis pas non plus embarrassé du ja-velot > qui ne se trouve point : Dom Bernard deMontfaucon nous en donne la raison. Mais cen’est pas là ce que je cherche, c est l’épée. Si lecavalier Numide en avoir une, il la portoit ap-paremment à son côté avec le fourreau, attachéeà un ceinturon ou à quelque autre chose d'équi-valent.. On n’en voit pourtant point. L’h o fil-me est tout nû comme son cheval , qui n’a nibride, 8c par conséquent ni poitrail , ni crou-pière: cela ne m’étonne pas à l'égard du cheval.Je sois encore moins étonné de la nudité du cava-lier , qui nous étale toutes ses pièces , hors laceinture 8c lepée , ou du moins le fourreau :preuve évidente que le Numide est une pure re-verie du Sculpteur. La cavalerie Maure ne diffèreen rien de celle des Numides. Les chevaux deceux-ci comme ceux des Maures étoient fort pe-tits, de vrais bidets 8c fort vîtes : tels sont ce u*de nos Hustards. C’est le sentiment de Strabon,dit le íçavant Bénédictin (b), où je puise bien debonnes choses. Les chevaux Numides font petits -mais légers a la course j ils font dociles k tel point,
qu a-
(a) Antiq. exil, t, IV. ch. 7 . p. 88.
(h) ibid.