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Tome IV.
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I4 í HISTOIRE DE POLYBE, '

n’empêchoit leur malhabile Général de soutenir sa cavalerie par son infanterie, d’y fairepaíser non seulement les triaires alternativement mêlez parmi les escadrons, mais encoreune partie de ses armez à la légére, qui lui devinrent inutiles. Annibal n’eut garde deles laisser dans l’inaction. Je ne sçai ce qu’il en feroit arrivé, si le Consul eût pris le par-ti de faire soutenir sa cavalerie par son infanterie. On sçait que ce n’étoit pas la coutu-me en ce tems-là d’entremêler les escadrons de l’infanterie légére , je m’en étonne. Cene fut qu’au siège de Capoue qu’ils observèrent cette méthode, c’est-à-dire, qu’ils fu-rent les derniers de tous les peuples connus qui la mirent en pratique , après en avoir é- jprouvé l’avantage à leurs dépens & à leur honte. Car il n’y a rien de plus honteux quede négliger ce qui peut contribuer à la victoire, que les ennemis obtiennent par de tels j

moiens. Sempronius n’en avoit pas de plus salutaire pour résister à Annibal, & celui- !

ci lui en fournissoit des leçons. Ce grand homme vit bien que le succès de cette jour-née consistoit à défaire promtement la cavalerie Romaine , à la dissiper entièrement , amettre à ses trousses une partie de la sienne, & à tourner avec l’autre fur les ailes del’insanterie , qui lui parut redoutable contre la sienne, composée en partie des Gau-lois encore indisciplinez & mal armez. II fit auffi un trait d’un Guerrier habile & éclai-ré : car comme son infanterie légére lui devenoit presque inutile après les escarmouchesordinaires, il la fit passer diligemment & promtement à fa cavalerie , & l’entremêla parpelotons parmi ses escadrons.

Qu’on suive cette seconde guerre Punique en Italie jusqu’à la fin, on ne verra pas quêles Romains aient jamais fait paroître tant de courage & d’obstination que dans cette ba-taille. Leur cavalerie étoit si inférieure à celle des Carthaginois, si mal ordonnée , 8cfi peu expérimentée, qu’il étoit difficile, pour ne pas dire impossible, qu’elle pût résis-ter à celle d’Annibal, soutenue par ses armez à la légére. Comment fe peut-il que qua-tre mille chevaux puissent résister contre dix mille, & contre des troupes alaigres & re-posées, qui n’ont rien essuié du mauvais tems, & qui ont bien repû? Que pouvoientdes troupes mattées par la faim, & pénétrées d’un froid très-piquant y après avoir traver-sé une rivière aiant de Peau jusqu’à la poitrine ?

L’infanterie envelopée à ses ailes, abandonnée de íà cavalerie , prise en queue & atta-quée de front, se défendit avec un courage si déterminé , qu’òn fut longtems fans sça-voir de quel côté tourneroit la victoire.

Il n’y a pas déplus sortes armes que la nécessité , soutenue d’un généreux déses-poir. On peut dire que cette bataillé est presque le dernier soupir de la valeurRomaine dans la guerre d’Annibal en Italie. On ne voit rien au-dessus après cetteaction.

Ceux de Cannes auroient pû se sauver 8c se retirer par une semblable résolutionsmais cette résolution dans des troupes fans expérience , dépend de l’habileté des Chesi*

Rien n’est plus honteux à des gens de cœur que de se rendre prisonniers de guerre, tan-dis qu’ils ont les armes à la main , & qu’ils se trouvent en asiez grand nombre pour uncoup d’éclat, ou pour une retraite honorable après une bataille perdue , dans un ten#où le victorieux se trouve toujours dans cette eípéce de désordre & cette négligence q ulfuit les grandes victoires. Rien n’étonne & ne surprend davantage le vainqueur ,ees actions imprévûes & inopinées. Rarement manquent-elles de réussir , lorsque k 5 !troupes ont confiance en leurs Officiers, & qu’elles font bien conduites & bien menées*

II y a tant d’exemples de ce que je dis, que je me dispenserai d’en rapporter ; ma lS jcomme lès fautes font plus d’impression fur notre esprit, & sont d’une plus grande in-struction que les belles actions, nous nous contenterons d’en citer un très-remarquabse »qui n’est pas éloigné de notre tems (<*).

(a) Htst. des Révolue, d’ Angleterre t L IX