r S z HISTOIRE DE POLYBE,
ces, que s’ils n’avoient affaire qu’à de l’infanterie. On voit bien que les apparences lesplus foibles leur tiennent lieu de preuve contre un principe incontestable. Ils ne pren-nent pas garde que ces pelotons combattent inférez dans les escadrons , & que dans letems que ceux-ci en viennent aux mains avec ceux de J’ennemi, mes pelotons fe jet-tent entre les intervalles , les prennent en flanc à coups de fusils & de baionettes ; leflanc & la croupe d’un escadron sont-ils bien redoutables ? Et le feu de cette forte d’ar-ïne est-il digne de considération à cet égard-là ? Rien de plus méprisable. Ces escadronsattaquez en même tems fur tout leur front , sont-ils bien en état de passer fur le corpsdes pelotons, qui s'éparpillent de toutes parts"? On n’a qu’à lire la bataille de Ravie, oùles pelotons commencèrent à paraître pour la première fois depuis les Anciens , & l'onverra que quinze cens arquebusiers choisis fur toute l’infanterie Espagnole, & dressez àcette façon de combattre, furent seuls la cause de la défaite de la gendarmerie Françoise,la plus déterminée de l'Europe. Un escadron fe rompra-t-il pour courir après des pe-lotes d'infanterie qui fe refusent à eux , qui s’éparpillent de tous cotez & fe dérobent àleurs yeux, pour revenir fur eux un instant après ? On fe voit alors dans la triste né-cessité d’essuier une grêle de coups de fusil fans pouvoir fe défendre & fe tirer d’embar-ras. Voilà des gens en vérité qui courent un grand danger; fe peut-il rien imaginer deplus pitoiable que ces objections ?
Mais , diront quelques-uns, si malgré vos pelotons la cavalerie est battue , car celapeut arriver fans miracle , lorsque celle-ci ne vaut rien , voilà vos pelotons fous le cou-teau comme des victimes ?
Ils ont cela de commun avec tous les autres après une bataille perdue. D’ailleurs onne prend pas garde aux corps d’infanterie que j’infère dans ma cavalerie , où mes pelo-tons trouvent une retraite assurée. Je ne répons pas aux autres objections ; elles font sipeu dignes d’être relevées, que ce feroit perdre mon tems que de m’y arrêter , & ten-ter l'impossible que de chercher à guérir certaines gens de leurs préjugez & à les tirerde leur routine. L’évidence la plus incontestable est si peu capable de les détromper,qu’ils la rejettent fans donner aucune preuve en faveur de leurs opinions. Ma façon decombattre leur déplaît d’autant plus, qu’elle est vive '& active , & qu’elle méne droit àl’enneroi, vrai moien de perdre peu de monde 5c de finir bientôt une journée. Je n’aigarde de m’en écarter, & de ne pas parsemer tous mes ordres de bataille de mes pelotons& de mes Colonnes, comme on le verra dans celui-ci, & de les varier tellement, qu’ati-cun ne fe ressemble : c’est le fin & le profond de ma tactique ; au lieu que nous n’avonsaujourd’hui qu’un seul ordre. On peut remarquer qu’il n’y a guéres plus d’un siécleque les ordres de bataille étoient extrêmement variez. J’ai presque tous ceux depuisHenri IV. jusques vers la fin du régné de Louis XIII. tant des batailles qui fe fontdonnées en France ou'en Allemagne & par tout ailleurs ; au lieu qu’on fe range aujour-d’hui fur un seul ordre, que Ton ne change jamais , à moins que la nature du pais nenous y force ; ce qui fait que le hazard est par tout le maître , & que c’est au pl uS
heureux que la victoire appartient. On demande de ces fortes de Généraux dans lfCours des Princes , parce qu’il est difficile d’en trouver d’assez habiles & d’assez éclai-rez pour que la fortune soit d’intelligence avec leur courage , & que le succès ne dé-
mente pas les talens.
Le Cardinal de Richelieu & le Cardinal Mazarin cherchoient des heureux. Les T a>rennes & les Coudez ne fe rencontrent pas toujours. Ces deux fameux Ministres fç 3 "voient très-bien que les Grands du monde & les Courtisans font trop occupez de se urfortune & de leurs plaisirs pour faire deux métiers à la fois. II faut opter, & t° uScourent à la fortune fans balancer, puisqu’ils trouvent que l’application ne méne à rien»& nuit bien plutôt qu’elle ne sert. Revenons à notre ordre de bataille. On le trou*