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Tome IV.
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LIVRE III. CHAP. XVI. Itfj

prise, il est informé qu’il y a un autre chemin beaucoup plus court dans un païs riche& abondant en vivres & en fourrages ; mais il falloit traverser les Appennins , où ilétoit à craindre que les Romains ne se jettassent, & ne l’arrêtaísent dans les passages desMontagnes avec les mêmes avantages que dans les autres endroits.

Ce n’étoit pourtant pas là le plus grand obstacle ; car supposé qu’il passât ces monta-gnes sans y rencontrer l’ennemi, il avoit à traverser le marais de Clusium, qu’on croioitimpraticable à une armée. Si ç’eût été une affaire d’une marche ou de deux , onPouvoit espérer de les passer avant que les Romains pussent en être avertis ; mais il fal-loit plusieurs jours pour les traverser. On peut juger des embarras & des difficultezde cette marche par le récit de notre Auteur. ,, Il faut convenir , dit-il , que toute» l'armée eut beaucoup à souffrir. Pendant quatre jours & trois nuits elle eut le pied„ dans l’eau, fans pouvoir prendre un moment de sommeil ". Ainsi ce chemin, quoi-que plus court, devenoit le plus long ; mais ce qu’il y avoit d’avantageux , c’est quel’ennemi ne pouvoit lui disputer le paílâge du marais : & s’ils se fussent portez au dé-bouché , un seul combat suffiloit pour rendre A nnibal maître du païs ; au- lieu qu’il eneût fallu donner plusieurs , s’il eût pris l’autre chemin. „ Lr chemin le plusj > long, dit Xenofbon (a) , est toujours le plus court , lorsqu’on peut le traversern sans combat. ?

Annibal se trouva réduit dans une fâcheuse alternative ; car de quelque côté qu’ilse tournât, il se voioit environné de mille embarras , continuellement agité de doutes& d’incertitudes, également combattu & incertain dans les deux partis qu’il avoit àprendre, tous les deux également dangereux , & son armée dans un danger évident depérir, de quelque côté qu’il se portât.

Toutes ces choses se présentoient à son esprit. La connoissance qu’il avoit da.génie & du caractère de Fìaminius, son peu d’cxpérience à la guerre & son incapacité,qui lui étoient connues, lui firent juger qu’il trouverait moins de difficultez & dechicanes en traversant les marais que par l’autre chemin. Dans celui-ci l’ennemi pou-v oit trouver mille moiens pour lui résister dc le faire échouer dans son entreprise. Cesttioiens étoient assez, & plus I portée d’un Général médiocre. II ne laiííoit pas que dére connoître qu’il ne rssquoit pas moins dans l’autre route. 11 sentoit même qu’il yav °it plus de danger ; mais pour lui tenir tête il falloit plus d’art , une conduite plusj^éditée , & plus de capacité pour prévoir & sentir les conséquences de cette marcheheureusement exécutée : car elle ne facilitent pas seulement à Annibal les moiens de sub-ufrer & d’avoir tout en abondance ; mais elle le conduisoit au but qu’il s’étoit proposé,^ à des desseins très-grands & très-profonds. Il évitoit non seulement le détroit dep'hrasyméne, & se trouvoit en-delà sans savoir passé , mais il étoit maître encore de las° r tie, & ce qu’il y a de plus avantageux , des revers des montagnes qui règnent le longh U. l ac . déplus il rédussoit Fìaminius à passer ces défilez pour venir à lui. Ainsi parCett e marche il tournoit contre ses ennemis toutes les ruses & les obstacles qu’ils com-P tQ ient de lui opposer , & les vainquit par leurs prppres armes. Ge dessein étoit grand',B r °sond, & au-dessus de la prévoiance d’un Général auffi médiocre qu’étoit celui des^uiains.

Annibal, qui vit que Fìaminius nesaisoit aucun mouvement , & qu’il restoit tran-ritiille dans son camp, décampe, entre dans les Appennins , traverse les marais de Clu-'"M sor psosieurs Colonnes,avec des peines, des fatigues & des travaux que l’on con-£ 0lt difficilement, si l’on n’est au fait des endroits par où il sit passer son armée- Pour!Ctl comprendre la grandeur de cette entreprise, on ne doit pas tant considérer les diffi-

culrez-

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(a) Xenoph. Retraite des dix mille.