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Tome IV.
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t 7 € HISTOIRE DE POLYBE,’

rir les railleries du soldat, soit par chagrin de voir le pais ravagé, nemanqueroit pas de sortir de ses retranchemens , d’accourir au secours,de le suivre par tout où il le conduiroit, de se hâter de battre l’ennemi(a) par lui-même , & avant que son Collègue pût partager avec luila gloire de l’entreprise : tous mouvemens dont il tireroit avantage pourattaquer le Consul.

On

(a) De se hâter de battre l’ennemi far lui-même,avant que son Collègue fût partager avec lui lagloire de l’entreprise. ] Le malheur à quoi exposeune bataille rangée est toujours douteux ; maisJ’imprudence est très certaine 8c très-visible,lors-qu’un Général ignorant ou peu habile s’embarquedans une affaire avec des forces disproportionnéesà celles de son ennemi, quand même il y auroitéquilibre à l’égard du nombre , sor tout s’il sentque l'homme qu’il a en tête est redoutable autantpar l’audace 8c la valeur de ses troupes , que parion habileté 8c le souvenir des succès precédens.Si Flaminius, trop vain 8c trop plein de lui-mê-me, étoit aster insense pour mépriser un tel en-nemi , pouvoit-il hêtre assez pour croire , aprèsfaction du Tésin 8c la honte de la Trébie, qu’An-nibal ne tiendroit pas un moment devant lui ? 11ne pouvoit pas ignorer que les événemens de laguette sent incertains , quelques soins 8c quel-ques mesures que l'on prenne pour bien arrangerles pièces , 8c qu’on ne sçauroit trop se précau-tionner 8c se fortifier pour s’assûrer la victoire.Sur ce principe, n’étoit-il pas plus íur d’attendrel’armée de son Collègue, qui s’avançoit à grandesjournées pour le secourir? Après là jonction , ilpouvoit tenter l’avanture avec de très-grandes es-pérances du succès. Cette faute est une des plusgrandes que puisie faire un Général d’armée : ra-rement un habile homme y tombe. Polybe ditque le Consol étoit un grand Orateur, mais mal-habile Général 8c fort étourdi. On le voit asterpar fa conduite , 8c l’on ne peut s’empêcher dedire que celle du Sénat, qui faisoit un tel choix,n’étoit pas meilleure. Cet homme étoit-il bienen là place ? Est-il bien possible qu’un Général telque celui-là ne fasse pas une infinité de fautes ca-pables de perdre les meilleures armées? II est rareque les Généraux malhabiles 8c présomptueux, carl'un ne va pas sens l’autre, ne se rendent pas ridi-cules. Les fautes sont sérieuses pour l’Etat ; maiselles font rire les particuliers, lorsqu’elles ne sontpas d'une nature à rendre le mal Sc les calamitezirréparables. La présomption , la bonne opinionqu on a de soi-même, 8c le mépris qu’on fait desautres, ne laissent aucunes bornes aux plaisenteriesdes malins 8c des railleurs. Flaminius se fit mo-quer de lui à la bataille de l’Adda, dont j’ai parlédans le Volume précédent. 11 hazarda peu con-tre .un ennemi mal armé, 8c qui faisoit la guerrejàns art 8c sons conduite: il remporta une grande

victoire. Ici il en perd une, qui n’a guéres d’e-xemples, par son peu de prévoiance, par son igno-rance 8c û présomption. S’imaginoit-il que lesoccès de l’Adda, que les Officiers de son arméerabaissèrent furieusement à Rome, 8c le bruit deIon nom suffifoient pour battre Annibal, sens qu’ilfût besoin du secours que lui amenoit son Collè-gue ? Ouï, il fut assez vain pour se l’imaginer. Il& hâte de Vaincre par lui-même, de peur que sonCollègue ne partage avec lui la gloire d’un si granddessein: entrer dans Rome dans un même char,ç’eût été beaucoup la diminuer. Quélle honte quela sienne ! Mais voiez, je vous prie , ce que c’estque la présomption , 8c jusqu où elle peut êtreportée. Notre Auteur nous en donnera des nou-velles. Les écoutera-t-on sérieusement? Quoiquece Consul ne crût pas que son éloquence fût fortnécessaire, assuré comme il étoit de vaincre , ijparoi t qu’il harangua ses troupes. Il avoit insfi fíune fi grande- confiance â la multitude, dit Polybe,qu’il avoit moins de soldats que de gens qui le fat"voient dans l’esférance du butin , fir qui fortoientdes chaînes , des liens & autres utenciles pareil -les.

Que dut-on dire à Rome d’une si pitoiable con-duite ? Car qui pourroit douter que Flaminiusn’eût promis au Sénat de revenir victorieux , 8cde traîner dans son triomphe Annibal 8c tous se ssoldats enchaînez ? II arriva tout au contraire : l eSchaînes qu’il avoit .préparées furent destinées pourles Romains eux-mêmes. Si cette disgrâce forarrivée dans les Gaules , elle eût trouvé place dansles chansons 8c les vaudevilles: mais on n'apprendpas que la guerre d’Annibal en ait produit aucunsà Rome contre les sottises des Généraux. Cetteville étoit trop occupée alors de son malheur , ®les infortunes de ses Citoiens étoient trop acca-blantes.

On se souviendra de la fameuse diversion d’Agn-thòcles Roi de Syracuse. Les Carthaginois aiu e 'geoient cette ville, où il s’étoit enfermé. Se voian*-fòrt pressé 8c prêt à succomber, il prend une ré-solution digne d’un Guerrier brave 8c résolu. 1laisse dans la place ce qu’il falloit de troupes pontla défendre, 8c prenant le reste avec lui, il s ’ en Tbarque, cingle droit en Afrique, y descend,brule ses vaisseaux en vrai déterminé , qui met i eSsoldats dans la nécessité de vaincre : croiant tonperdu en Sicile , il s’avance juíqu’auprès de Car-thage comme pou? la morguer. Les Carthagino^