LIVRE III. CHAP. XVII. 179
mouvement Sc sans action , négligent non seulement les affaires de l’E-tat, mais encore les leurs propres. II en est d’autres tellement passion-nez pour le vin , qu’ils ne peuvent se mettre au lit sans en avoir prisavec excès. Quelques-uns se livrent à l’amour des femmes avec tantd’emportement, qu’ils n’ont pas honte de sacrifier à cet infâme plaisirdes villes entières, leurs intérêts, leur vie même. D’autres font lâchesLc poltrons, défaut déshonorant dans quelque homme que ce soit, maisle plus pernicieux de tous dans un Général. Des troupes , sous un telChef, passent le tems fans rien entreprendre , & l’on ne peut lui enconfier le commandement fans s’exposer aux plus grands malheurs. Latémérité , une confiance inconsidérée, une colère brutale, la vanité,l’orgueil, sont encore des défauts qui donnent prise à l’ennemi fur unGénéral, & juste sujet à ses amis de s’en défier. II n’y a point de piè-ges , point d’embuscades où il ne tombe , point de hameçons où il nemorde. Si l’on pouvoit toujours connoître les foibleíses d’autrui , Scqu’en attaquant ses ennemis on prît leur Chef par l’endroit qui prête leplus à la surprise , en très-peu de tems on subjugueroit toute la terre.Otez d’un vailseau le pilote qui le gouverne , bientôt le vaisseau Sc sonéquipage tomberont sous la puissance des ennemis. 11 en est de mêmed’une armée dont on surprend le Général par adresse & par artifice.
C’est ainsi qu’Annibal prenant adroitement Flaminius par son foible,l’attira dans ses filets. A peine eut il décampé d’autour de Fefules , Scpaslé un peu au-delà du camp des Romains , qu’il se mit à faire le dé-gât. Le Consul irrité, hors de lui-même, prit cette conduite du Car-thaginois pour une insulte & un outrage. Quand il vit ensuite la cam-pagne ravagée , & la fumée annonçant de tout côté la ruine entière deja contrée , ce triste spectacle le toucha jusqu’à lui faire répandre deslarmes. Alors son Conseil de guerre eut beau lui dire qu’il ne devoirPas se presser d’aller aux ennemis , qu’il n’étoit pas à propos d’en venirfi-tôt aux mains avec eux, qu’une cavalerie si nombreuse méritoit touteL>n attention, qu’il feroit mieux d’attendre l’autre Consul Sc de suspen-dre son courroux, jusqu’à ce que les deux armées pussent combattre en-semble : non seulement il n’eut aucun égard à ces remontrances , il nePouvoit même supporter ceux qui les lui faisoient. Que pensent & que
disent
même Prince d’Orange ne connoiílòit pas( j, "léchai de Boufflers : il étoit très-brave Scq Une expérience consommée; mais si inquiet Sc°utré dans ses précautions, que dans une demiefa cavalerie se trouvoit ruinée : la moi-^ ?sott toujours à la guerre ou en détachement >f ot ° n infanterie n'étoit guéres plus épargnée: dede e ^ U ’ on «toit toujoms en état de l’attaquer, 8csavoir affaire qu’à une partie de ion armée.Ue jjn° r d Marlborrough avoit les mêmes défautstre í ^utéchal Duc de Luxembourg , lansplus habile : il s’en falloir de quelque chose
qu’il en approchât. Est-ce pour nous avoir pres-que toujours battus dans la dernière guerre de1701 ? Cela ne prouve pas qu’il fût un grand Ca-pitaine, 8c au niveau de Céiar,auquel les Angloisl’ont comparé ridiculement. Si M. le Duc deVendôme ne se fût pas trouvé à la tête d’une ar-mée intimidée par les défaites précédentes, 8c quece Prince brave 8c audacieux eût renvoie à la Courquelques Officiers Généraux de son armée > com-me fit M. de Turenne, ce Céser moderne eût per-du fa réputation.
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