livre III. CHAP. XVII. 185
Notre Auteur nous fait une peinture assez burlesque des goujats & des soldats mêmesde l’armée Romaine , qui s’etoient munis de chaînes pour attacher leurs prisonniers ;mais les gens sensez jugèrent bien par la conduite du General qu’elles étoient for-gées pour eux. f
La résolution prise & toutes les mesures négligées pour Pexécution d’un si grand pro-jet , l’armée Romaine décampe & tire en diligence du côté du lac de Thrasyménepour gagner Cortone. Annibal averti que Flaminius s’approche des défilez de Thra-fyméne, revire & revient fur ses pas. II arrive à l'entrée de la nuit, occupe tou-tes les hauteurs qui regnoient le long du chemin & du lac , & cache ses trou-pes dans tous les endroits couverts qui peuvent les dérober à la vue de l’ennemi.
II posta fur la gauche des hauteurs qui bordent les bords du lac l’infanterie Espa-gnole & P Africaine (z) : les Baléares & P armure lége're (;) descendoient jufqu’à lacavalerie (4), qui étoit placée derrière & à la gauche des mêmes montagnes, & pla-cée ainsi que l’infanterie selon que la nature du terrain le permettoit , & selon qu’ilpouvoit être propre à chaque arme aux endroits où elles dévoient attaquer. Tou-te cette armée , ainsi rangée & embusquée, occupoit toutes les hauteurs depuis lasortie du défilé (5) jusques vers P entrée (6). Toutes choses disposées de cette ma-niéré , Annibal attend l’ennemi clos & couvert ; ne doutant point de l’enfermer &de l'enclore, s’il étoit assez imprudent pour s’engager dans ces détroits-là fans les a-Voir fait auparavant reconnoítre. II se douta qu’il n’en seroit rien, tant il le croioitmalhabile, & il lui fit voir qu’il ne se trompoit pas dans son opinion, & qu’enmatière de pièges les Généraux étourdis & présomptueux ne manquent jamais d’ydonner.
Flaminius s’ehfourne dans ce mauvais pas, comptant de joindre bientôt l’ennemi, &de tomber dans fa marche. Son armée filoit fur une feule Colonne. II y paroít assezpar le commencement & les suites du combat, aiant les montagnes à fa gauche & le lac2 fa droite , dans un païs fort resserré pour une armée ; mais comme c’étoit le grandchemin pour aller à Rome , il devoir tout au moins être aussi large qu’il l’est aujour-d’hui, & par conséquent une cohorte pouvoit y marcher de front. C’étoit là le seulpassage qui menoit à l’ennemi, dont le Consul croioit être encore loin.
Les Romains se trouvoient en pleine marche & entièrement engagez dans le défilé , &la tête de la Colonne au moment d’arriver au débouché, lorsqu’on s’apperçoit que lesEnnemis paroissent fur les hauteurs 8 c fur tout le front de la marche. Une choie si ex-traordinaire & si imprévue étonne les plus intrépides. On les voioit sortir en foule detous ces endroits couverts, remplir toutes les hauteurs de leur nombre, & s’y former enbataille. On voioit tout cela d’enbas avec une surprise extrême. A peine les Romains°nt-ils le tems de se reconnoítre , que les Carthaginois sondent du haut de ces hauteurs,8c se jettent sur ces troupes surprises & consternées d’un accident si extraordinaire. L’en-trée & la sortie du détroit se trouvent en même tems occupées , de sorte que les Ro-bins se voient enfermez de toutes parts. Plusieurs corps embusquez en des endroitsplus éloignez arrivant successivement, en peu de tems on vit cette armée attaquée, nondans l’ordre où elle auroit dû être pour le combat , mais dáns celui de marche , & parc °nséquent elle dut combattre avec un extrême désavantagé.
Une attaque si soudaine & si imprévue étonne & déconcerte le Consul. II n’y aU 1 ’un pa S de là à la peur & à l’épouvante , qui Rappliquent jamais des remèdes à pro-pos , ou qui n’en offrent aucun aux Capitaines imprudens. L’une & l’autre parurent
dans toute leur étendue. Flaminius, comme un homme frapé de la foudre, ne sçait
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plus quel conseil prendre, & ne songe à rien moins qu’à donner ses ordrescher des remèdes à un si grand mal qu’il n’a f$û prévoir : tant est vérital' r —~ A a
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, & à cher-véritable ce qu’ondit