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Tome IV.
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i 9 % HISTOIRE DE POLYBE,

de nos jours n’ont fait aucune mention. Revenons à notre sujet, d’où cette digressionm’a tiré.

On me demandera peut-être quel étoit donc le parti que l’Officier, qui battit ceuxqui gardoient la sortie du défilé, & où il prit poste, eût dû prendre ? Le voici : dèsqu’il sut maître d'un poste si important, il devoit y laisser des troupes pour le garder ,& tourner fur T aile gauche des Carthaginois par le bas & le haut de la montagne : en peude tems la chance tournoit, & l’ennemi se sût vû attaqué en flanc & par ses derrières.Le combat étoit engagé en bas, la montagne se trouvant alors dégarnie , Tannée d’An-nibal se fût vue entre deux à íà gauche; les Romains eussent repris cœur, & le proprepiège d’Annibal réjaillissoit contre lui-même. Qu’on fasse bien attention à mon raison-nement , car il me semble qu’on en peut tirer des instructions merveilleuses pour cessortes de cas. La faute de celui qui commandoit la tête de la Colonne va jusqu’à labêtise, & sent son homme qui n’a ni courage , ni expérience, ni jugement : car , en-core une fois, au lieu de profiter d’une si belle occasion, il resta fans rien faire & dansune inaction honteuse au poste qu’il occupoit, ignorant que les deux armées en étoientaux prises à deux pas de lui, & qu’il pouvoit par son courage & sa conduite sauverl’armée & la tirer de ce mauvais pas. Annibal sçut profiter d'une saute si grossière. Ilne s’embarrassa pas si les Romains étoient maîtres du passage, il étoit trop habile pourne pas traiter la chose de bagatelle ; il n’avoit que faire de ce passage pour aller à Romes’il étoit vaincu, ni d’aucun autre pour rétrograder : car fa retraite étoit une vraie chi-mère au milieu de tant de peuples ennemis, ou qui le deviennent au moment qu’on estmalheureux. Il salloit périr les armes à la main en gens de cœur, & jusqu’au dernier ,íï la bataille étoit une sois perdue : au lieu que la victoire lui ouvrait le défilé fans Tat-taquer, & le chemin de Rome fans contestation , si T envie lui prenoit d’y marcher îmais T envie ne lui prit que lorsqu'il y eut de la honte à la satisfaire. Il la but toute en-tière, lorsqu’il eut apperçû en y arrivant que l’entreprisc étoit impossible.

Notre Auteur ne nous instruit pas assez de la marche de T armée Romaine, pour nousfaire bien comprendre la cause d’un événement si funeste & d’une défaite si prodigieuse :car on ne peut Tattribuer à la lâcheté des soldats Romains, mais uniquement à l’impru-dence & à la misérable conduite du Général dans Tordre de fa marche , où Ton voit as-sez qu’il manqua dans les précautions. Il est fort vraisemblable que le Consul pratiquala méthode ordinaire qu’on observe dans les marches qui se font dans les plaines ; aulieu que celles qui sc font dans un païs resserré entre des montagnes doivent être toutesdifférentes des autres. Ce qui me surprend le plus, c’est que les Auteurs militaires,an-ciens & modernes, ne nous disent pas un mot de ces sortes de marches ; ce qui me don-ne lieu de croire que nous en ignorons les principes & la méthode, & que tout ce quenous pratiquons aujourd’hui est une pure routine.

Je vois dans la marche du Consul une foule d’ignorances qui font à peine conceva-bles. Si la montagne qui bordoit le chemin entre elle & le lac , étoit pratiquable dansfa pente , comme elle l’étoit en effet , puisqu’Annibal fondit d’en haut sur les Ro-mains , rien n’empêchoit le malhabile Consul de faire marcher une Colonne de son in-fanterie par le sommet ou par la pente , une partie cotoiant l’autre qui marchoit enbas. Cela est dans les régies , & cette conduite eût éventé T embuscade ; mais dn’en fit rien.

S’il faut bazarder mes conjectures, je crois que Flaminius marcha dans ce détroit ,les cohortes à la queue les unes des autres avec les espaces ordinaires entre elles, la cava-lerie a la queue dans le même ordre ; au lieu qu’il eût dû marcher serré & condensé & nSintervalles entre les corps car lorsque les Romains n’étoient pas loin de l’ennemi , ^

.que leur marche sc faisoit sur plusieurs Colonnes, ils saiíòient marcher ensemble les légions