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Tome IV.
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LIVRE III. C H A P. XX.

ne l’acquéroit pas aux dépens d’un peuple infiniment plus vertueux que celui de Car-thage , naturellement fourbe, perfide, cruel & fans foi.

On ne doit pas s’étonner si l’on est touché des infortunes des Romains , & si on lesadmire autant dans l’adversité , que leur vainqueur est admirable dans ses victoires.Pour moi , qui mets une grande différence entre le Capitaine 8c le peuple pour lequelil combat , je m’intéreffe pour la gloire du premier en Italie , & je prens le parti desRomains en Espagne, où ils n’ont pas dégénéré de leur ancienne vertu : Scipion la sçutconserver par ses grandes actions. En effet íes conquêtes en Espagne sauvèrent l’Italieprête à succomber, & l’on peut dire que Carthage ne perdit sa liberté, que pour avoirnégligé la guerre d’Italie, & Rome ne sauva la sienne qu’en temporisant , & en pous-sant avec vigueur celle d'Espagne par des secours souvent réitérez , pendant qu’Annibaln’en recevoit aucun de Carthage. Ses victoires étoient trop éclatantes pour ne pas pro-duire une foule d’ennemis & d’envieux, qui les rendirent fans fruit : au lieu que Sci-Pion s’attira l’estime de ses Citoiens & des secours considérables , pour continuer uneguerre dont le succès importoit si fort au íàlut de Rome.

Les Carthaginois s’étoient fortifiez extraordinairement en Espagne par des troupes deuier & de terre, Scipion craignit d’en être accablé. Il ne pouvoit attaquer les ennemisfur mer qu’il n’affoiblít ses forces de terre , & il avoit également à craindre des deuxcotez. II prit la résolution de les prévenir fur mer avant qu’ils eussent délibéré desaffaires de terre, c’étoit le meilleur parti qu’il eût à prendre : car en fortifiant bien soncamp, il se mettoit en état de tirer les troupes nécessaires pour ce qu’il s’étoit résolu defaire : persuadé que s’il pouvoit surmonter les ennemis par fa flotte , il viendroit aisé-ment à ses fins à l’égard du reste , & que 1a défaite de leur armée navale intimideroitcelle de terre , outre que celle-ci ne pouvoit gueres subsister que par le secours de lapremière. Sur ces sages considérations le Général Romain songe à monter sur la flotteavec tout ce qu’il put tirer de soldats d’élite. II comptoit si fort fur la valeur & laconfiance de ses troupes & fur la victoire , par la connoissance des Généraux ennemis rqu’il se met en mer & vogue droit aux Carthaginois. Les précautions qu’il prit pours ’instruire de l’état 8c de la situation des forces ennemies, furent en partie cause du gain

cette journée : car étant informé qu’ils étoient en bataille à l’embouchure de la rivié-re 8c fort près de terre, il jugea qu’il en auroit meilleur marché que s’il les combattoite n pleine mer- U se hâte de voguer à eux & de les combattre , de peur qu’ils ne íëUvisent. En effet si Amilcar eût tiré en pleine mer, 8c marché au-devant de Scipion,gui étoit plus foible en nombre de vaisseaux , les Romains se fussent trouvez très-em-harraffez. Soit que le Général Carthaginois n’eût rien appris du dessein de Scipion,soit par ignorance ou pour d’autres raisons qui nous font inconnues, Scipion se conduisitav ec tant de secret & de prudence , & fit une si grande diligence, qu’il parut tout

d’un coup en bataille à l’embouchure du fleuve , avec une hardiesse d’autant plus affû-te, & avec d’autant plus de confiance de réussir , qu’il connut la grandeur de la faute^es ennemis : faute dont ils ne s’apperçûrent que lorsqu’ils se virent hors d’état d’ya Pporrer du remède; outre que leur situation étoit telle , que le nombre de leurs navi-res étoit bien plutôt un obstacle à la victoire, qu’un avantage contre les Romain-. Sci-P'on s’étoit flatté que s’il pouvoit les attaquer dans l’embouchure du fleuve , il en au-TOlt raison. En effet il ne se trompa pas, & s’apperçut bientôt de leur embarras il enhssfite , vient charger avec tout ce qu’il avoit de forces ; ils ne font presque aucune^sistance , soit à cause de la surprise ou des fautes qu’ils avoient faites. Scipion rem-P° rt e une victoire complette, qui lui fut d’autant plus agréable , que les vaincus eurentP°ur témoins de leur lâcheté & de leur honte les troupes de l’armée de terre , commees victorieux les eurent pour témoins de leur valeur & de leur gloire.

Kk î Tite-