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Tome IV.
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2 . 6 % HISTOIRE DE POLYBE,

& les ennemis destituez de tous les secours qui pouvoient leur venir de Carthage & descôtes de l’Espagne : ce qui rompit toutes leurs mesures à l’égard de la mer, & renversaleurs desseins fur terre. Ajoutez la consternation & le découragement , qui font tou-jours une fuite des mauvais succès & le pronostic d’une campagne malheureuse. Enesset les Romains, qui auparavant n oioient paroítre en campagne , ni rien entreprendrecontre des forces si supérieures, augmentèrent tellement de courage & de hardiesse, qu’ibosèrent bien passer l’Ebre , que les Carthaginois regardoient comme le seul rempart quipouvoit les couvrir contre les entreprises de leurs ennemis.

Je ne puis m’empêcher de faire ici une remarque touchant la conduite d’Asdrubal,qui commandoit les forces de terre. Ce Général , qui se rendit autant célébré par fedéfaites, que son frère (<*} le sut par ses victoires , fit voir à l’ouverture de fa carn-pagne , comme dans la fin , qu’il méritoit fans injustice la réputation d’un Capitainetrès-médiocre & mal entendu. Quel dut être son dessein lorsqu’il se porta sar l'Ebreavec un si nombreux appareil de forces de mer & de terre ? N’étoit-ce pas de traversercette rivière , d’attaquer les Romains qui étoient à l’autre bord , & de les chasser de

cette partie de l’Espagne dont ils s’étoient rendus les maîtres , ou de les obliger malgréeux de courre les risques d’une bataille rangée , avec des forces très-inférieures , ou àsperdre toutes leurs conquêtes ? Scipion s’étoit si bien retranché qu’il étoit difficile dele forcer dans son camp, dira-t-on : d’accord ; mais qui empêchoit Asdrubal de se plan*ter vis-à-vis, pour lui ôter tout moien de monter fur fa flotte , & de la renforcertroupes de combat , dans la crainte de s’affoiblir fur terre , & cependant envoier b

sienne contre l’ennemi, qu’il eût trouvé dénué d’une partie de ses forces , & qu’il eûtinfailliblement battu ? Au lieu qu’il s’amusa sur l’autre côté du fleuve , où il don-na le tems à l’ennemi de profiter de son inaction , & des conjonctures favorable*qu’un habile Général n’a garde de laisser échaper. Passons aux moiens de réglé Scde conduite que nous croions qu’un habile Général doit suivre dans cette sorte deguerre.

Deux choses peuvent nous déterminer à attendre l’ennemi dans un détroit , ou dan*l'embouchure d’une rivière , lorsqu’on est maître des deux bords. La première , c’estnotre foiblesse , qui nous empêche de lui aller au-devant & de le combattre en pleinemer, où le nombre des vaisseaux fait tout, avec une égalité de valeur & d’expérience>La seconde, c’est qu’en l’attendant dans un endroit resserré , on n’a rien à craindre dunombre. On se trouve dans un égal avantage , fans qu’il soit possible à l’ennemi denous doubler à nos aîles , qui appuient fur les deux bords ; tout ce qu’il peut faire,c’est de combattre fur plusieurs lignes redoublées, ce qui n’est pas fans quelque desauk,ou pour mieux dire il y a mille inconvéniens à craindre si le tems change , ou qu’d^viennent à se mêler, à confondre leurs distances & à s’entrechoquer par quelque autreaccident, que si cela n’arrive pas, elles ont cet avantage de combattre successivement &tour à tour les unes après les autres. Cela étoit assez aisé du tems des Anciens, & Par-ticulièrement à leurs bâtimens, qui étoient tous à rame ; mais aujourd’hui, que l’arfst'lerie est en usage, ces sortes d’actions sont délicates & dangereuses ; & si l'ennemi I eprécautionne des deux cotez du rivage , il semble qu’il y ait de la témérité de l’a rt2 'quer, s’il Eçait bien profiter de cet avantage , qui seul peut décider de ces sortes d en-treprises & ruiner une armée : car en établissant de bonnes batteries &: en grand nombrefur les deux bords, & qu’elles soient soutenues d’un corps considérable de troupe* poufempêcher une descente ; qui doute que l’ennemi ne s’expose à voir couler bas ou brider

une partie de fa flotte, si l’on tire à boulets rouges ? SiEon craint une descente , P e0 ‘

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(a) Annibal.