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Tome IV.
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2 Sz HISTOIRE DE POLYBE,

§. ii.

Des fourrages : qu'on ne les fçauroit faire avec trop de précautions.

I L y a de grands & de petits fourrages dans les armées. Ceux-ci fe font entre lesgrandes gardes & fort près du camp , & quelquefois en-delà , avec escorte. Cesfourrages font souvent considérables , & c’est lorfqu’on y envoie une gauche & unedroite de cavalerie & d’infanterie, ou toute une première ou une seconde ligne ; ce quipeut être mis au rang d’un petit fourrage. 7'appelle grand fourrage lorsqu’il marche lesdeux tiers d’une armée , y compris les escortes. Ces sortes de fourrages ne fe fonteu’avec de grandes précautions & un très-grand art , lorsque les armées sont prochel’une de l’autre.

Montéçuculi (a) prétend qu’rï faut fourrager d’abord les lieux les plus éloignez, ,venir ensuite peu a peu aux plus proches. Ce Général entend par les lieux les plus éloi-gnez ceux qui font les plus voisins de l’ennemi , jusqu’aux grandes gardes- Si l’onréservoir tout le pais d’entre le camp & les grandes gardes, on n’en retirerait rien , ceferait autant de fourrage perdu : car si les troupes qui vont relever les gardes alloientles chemins ordinaires, on pourrait espérer de conserver les fourrages : mais on voit quecela ne fe peut. 6 >n passe à travers champ , & les fourrageurs fe font autant de che-mins en allant ou en venant du fourrage , qu’il y a de files ; & il y a presque au-tant de files qu’il y a de brigades dans une armée : car chacun prend le plus court pouraller au camp.

Il y a plusieurs choses à observer dans les fourrages ; le secret , la diligence , unegrande connoissance du pais que l'on veut fourrager, & des précautions infinies au de-hors comme au dedans, c’est-à-dire qu’il faut qu’elles s’étendent dans l’armée comme atídehors. A l’égard du secret , il dépend du Général. Dès qu’il s’apperçoit que sonarmée est au moment de manquer de fourrage, il doit envoier secrètement des Officiersentendus reconnoître le pais 3c les fourrages, les lieux les plus commodes 3c les plusavantageux pour former la chaîne. Cela ne suffit pas, il doit faire reconnoître les che-mins & les endroits par où l’ennemi peut venir à lui, les postes dont on peut fe saisirpour se garantir des desseins de l’ennemi & couvrir son fourrage , les obstacles qu’oslpeut mettre fur les passages. Voilà les précautions qu’on doit prendre du côté de l’en-nemi. Pour ce qui regarde le terrain depuis les lieux ou l’on peut fourrager jusques ailcamp, on doit ouvrir plusieurs routes pour le passage des files des fourrageurs. Le Gé-néral réglera Tordre & la disposition de son fourrage selon les avis des Officiers qui s fisont transportez furies lieux, & des instructions qu’il peut tirer des gens du païs : cequi n’est pas une chose à négliger.

Avant que de déclarer Tendrait où Ton veut fourrager , on détachera plusieurs petitspartis & les houzards, qui doivent s’embusquer sur tous les passages & les chemins ducôté du camp ennemi , avec ordre d’arrêter tout ce qui ira ou viendra de ce côté-là,sous prétexte d’arrêter les fourrageurs 3c les espions. Il est bien difficile , en prenantces sortes de devants , que Tennemi puisse être averti de notre dessein & des lieux ouTon veut fourrager. A T entrée de la nuit, on íer.a partir les escortes pour former bchaîne , ou les troupes commandées pour ce dessein. On emploiera tout ce tems *placer les troupes dans les différeras postes qu’on veut occuper; observant qu’elles soient

(a) Mont. Mon. I. I. cb. 4 .