í9 o HISTOIRE DE POLYBE,
que l’embuscade fut le sujet de l’entreprise sur la colline , plutôt que celle-ci le sujet drl’embuscade. Car il comptoir bien que Minucius, homme aussi imprudent que mal-habile, attaquerait la hauteur & y marcherait avec toutes ses forces , fans faire recon-noître le terrain qu’il avoir â fa gauche ; Lc ou, bien qu'il semblât ras & découvert, ily avoir des cavins, des enfoncemens & des endroits très-propres à une embuscade. An-nibal , à la faveur de la nuit , y fit couler un corps considérable de troupes fansqu’on s’en apperçût. Il fait marcher en même rems un autre corps, qui fe loge futla hauteur.
Minucius surpris de voir l’ennemi si proche de son camp, y marche avec toutes íësforces en bataille. Les armez à la légére (r) & la cavalerie (;) entrelaífée avec eux »attaquent la hauteur avec beaucoup de courage & de résolution. Comme on faisoitfiler à tout moment des troupes des deux armées fur la hauteur, les unes pour attaquer,& les autres pour se défendre, le combat devint grand & sort opiniâtre. On voioit cespectacle & tout ce qui se passoit du camp de Fabius , & personne ne pouvoir com-
prendre la raison de f attaque du côteau, à deux pas de l’armée Carthaginoise , Minu-cius n’aiant à opposer à toutes les forces d’Annibal qu’une partie de celles des Romains.Ajoutez que c’étoit dans une rase campagne , où le nombre fait beaucoup : car outre lasupériorité de celle d’Annibal , elle avoir encore la valeur & l’expérience sur celle desRomains. Si Minucius n'avoir eu affaire qu’aux troupes qui défendoient le côteau>il en étoit quitte pour une retraite, qui ne pouvoir lui être interdite ; mais il dut êtrebien étonné lorfqu’il s’apperçut d’une embuscade au milieu d’une plaine , & d’en voissortir un corps considérable de troupes. Ce n’est pas le piège qui dut le surprendre,mais l’excès de fa sottise & de sa négligence : car qui est le Général qui ne fait pas re-connoître le terrain à deux pas de lui , s’il n’est le plus négligent de tous les hommes?Ce corps (q) , qui s’étoit caché dans ces endroits couverts par-ci par-là & par détache*mens , se réunit & fondit tout à coup sur les flancs & fur les derrières des Romains,pendant qu’Annibal s’avance avec le reste de son armée en bataille droit à Minucius, é-tonné de la grandeur du péril qui lui paraît alors tout présent : il se déconcerte & nSsçait plus quel conseil prendre, ni comment se retirer. Les troupes qui combattent fusla hauteur s’en apperçoivent & se découragent, la confusion s’y met bientôt. Les en-nemis (;) , qui voient cette contenance, font un dernier effort, les enfoncent, & lesmènent battant jusqu’à leur gros. On ne vit bientôt que confusion & que désordre.Fabius, qui contemple toutes ces manoeuvres imprudentes de son Collègue de la hauteuroù il est campé , jugea qu’il étoit tems de marcher au secours des siens , & en effet ily marche en si bon ordre qu’Annibal ne jugea pas à propos de pouffer plus loin ff* 1avanture , de peur que l’ennemi ne profitât de cette espèce de désordre assez ordinairedans les troupes qui ont combattu , quoique victorieuses. Annibal fe retire contentd’avoir un peu réprimé l’audace & l'orgueil de cette portion de la Dictature. „ Après„ ce combat, l’armée Romaine eut dequoi fe convaincre , dit notre Auteur tres-j„ deufement , que la vaine confiance de Minucius avoit été la cause de son malheur,„ & qu’elle ne devoit son salut qu’à la sage circonspection de son Collègue : & l’° n„ sentit aussi à Rome combien la vraie science de commander & une conduite toujours3, judicieuse & constante l’emportoit sur une bravoure téméraire & une folle déman-3, geaison de se signaler.
Tite-Live rapporte, & Plutarque après lui , qu’Annibal retournant de ce combat,ne put s’empêcher de dire qu’il s’étoit bien attendu de voir enfin crever la nue qui pa-roiffoit fans mouvement fur les hauteurs, qu’elle s’avancerait enfin & verserait fu slui quelque grand orage. Justin dit la même chose. Annìbdem quoque ex ttcie re-