LIVRE III. CHAP. XXIII. 301
II dit donc à íes soldats , que si dans les combats précédens ils a- Rvvoient eu du dessous, ils pouvoient par bien de raisons faire voir qu’ilsgj^n’en étoient pas responsables: mais que dans la bataille qui s’alloit don-'ner , pour peu qu’ils euísont de courage - rien ne nourroír mr-rr^ „u.
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rien ne pourroit mettre ob-
stade
servi de peu , si mon expérience 8c les talens quej’ai reçus de Dieu ne vous avoient ouvert le che-min de l’honneur & de la victoire : car le succèsdes batailles est toujours moins l’ouvrage de i’in-trépidité , que de l’intelligence de celui qui vouscommande contre des ennemis qui n’ont jamaisprétendu vous céder à l’égard de l’une. Us ontreconnu le pouvoir de l’autre par leur défaite. Toutela honte est tombée sor leur Général , 8t toute lagloire furie vôtre, qu’il partage avec vous: car jedois autant à votre courage que vous devez à maconduite. Nous voilà égaux à cet égard-là, mescompagnons > mais il s’en faut bien que nous lelòions dans le reste. Votre condition est infini-ment meilleure & plus désirable quen’est la mien-ne. Rien de plus touchant Sc de plus déplorableque mon fort. J'ai perdu f triage de la vue; &j'achète bien chèrement cette gloire que nous avonsde commun ensemble. J'en remercie Dieu plutôtque de m’en plaindre, puisque vous vous êtes en-richis par mes victoires des dépouilles de vos en-nemis , qui comptoient s’emparer des vôtres. Queme reste-t-il donc de tant de travaux & de tantde blessures? Rien qu’une vaine réputation: je disvaine, puisque vous cherchez à me l’enlever & àla couvrir d une flétrissure éternelle, en m’empê-chant de sauver une ville florissante dont vous de-mandez la destruction. Jettez les yeux fur mavie 8t fur mes démarches, St vous verrez par mapauvreté 8c par mon infortune, si vous n’êtes pasles plus ingrats de tous les hommes, 8c que je n’aicombattu Sc vaincu que pour vous. A Dieu ne plaise,soldats, qu’on me reproche jamais, ni á vous nonplus , une action si lâche 8c si pleine de déshon-neur que le lac Sc la ruine de la Capitale du paisoù vous étés nez , 8c le plus bel ornement de laBohême,
La moienne antiquité , 8c les Modernes eux-mêmes, nous fournissent un assez bon nombredeharangues faites à la tête des armées. Procope enrapporte quelques-unes fur toutes sortes de suietsmilitaires , a’autant plus belles, qu’elles fonttrès-courtes 8t pleines de sens 8c de force. De-puis Henri IV.il y a peu de Généraux qui se soientmêlez de haranguer leurs troupes pour les encou-rager à bien faire, si ce n’est Charles XII. Roi deSuéde à la bataille de Nerva. Les Officiers parti-culiers qui font à la tête des corps, n’ont pas tout-?-feit oublié cette bonne coutume , Sc n’en ontjamais fait que fur le modèle de celles des Lacé-"émoniens. Celle de Henri le Grand à son arméea la bataille d’Ivri , va terminer ces remarques,■n-vant qu e d'engagerle combat, ce Prince parcou-rut toute la ligne > 8c montrant à ses soldats son
calque surmonté d’unpannache blanc, leurdisoit:Enfans , fi Us comètes •vous manquent par quelqueaccident, -voici le signal du ralliement : vous le trou-verez, toujours fur la route de l’honneur & de lavictoire.
La plaisanterie d’Alexandre le Grand vaut biencelle d’Annibal à Cannes, un peu avant que les ar-mées en vinssent aux mains, je l’ai déja rappor-tée, mais non pas celle du premier. Son arméeétant rangée en bataille , les Généraux vinrent de-mander k ce . Prince , s’il n'y avoit risn k redire :Rien, dit-il , fimon qu’il faut envoler quérir des Bar-biers four faire le poil aux soldats , par ce qu'ils ontla barbe trop longue. Un autre moins ferme 8cmoins sûr de son fait que ce grand Capitaine > eûtgardé son sérieux dans un tems où on n’a guéresenvie de rire, & c’est justement dans ces momensde crise qu’il faut rire 8t plaisanter, leríqu’on a misordre à tout , quelque peu d’envie que l’on enait.
Le mot quelquefois est capable d’animerles trou-pes , 8c de les remplir d’elpérance. Je m'étonnequ’on l’accompagne toujours du nom de quelquesSaints , qui n’ont que faire là ; outre qu’en cestems-ci la superstition n’est guéres d’un grand se-cours dans les armées : nous ne sommes plus autems du Paganisme. J’aimerois mieux donnerpour mot dans une bataille les noms de quelquesgrands Capitaines anciens 8c modernes,accompa-gnez de quelqu’une de leurs belles actions. LeGénéral même peut donner les siennes. Les nomsd’un César, d’un Alexandre, d’un Annibal, d’unSertorius, d’un Gustave , d’un Henri IV, d’unTurenne, & d’un nombre infini d’autres, sont ca-pables d’animer les troupes dans des actions,où l’on cherche à attaquer ou à se défendre , 8c às’entrégorger mutuellement. De tous les noms deSaints ou de Saintes qu’on peut faire courir dansune armée, le meilleur est, ce me semble, celuide Notre-Dame de Frape-fort. II n’est pas nouveau.A la bataille de Malplaquet le Commandant d’unbataillon du régiment de Navarre le fourra dansíà harangue. Allons mes amis , leur disoit-il,marchons k ces Messieurs, & recommandons-nms debon cœur k Notre-Dame de Frape-fort: c'ejl la Fa-trone du régiment, elle fait les plus grands miracles-,aïons-y confiance , elle ne fçauroit nous manquer.Combien de fois l'avez-vous éprouvé ? Si la míeirerevient jamais , qu’on s’en souvienne. Le motdoit être gai, même plaisant: il est d’un essetad-mirable , que le Général n’en ait point d’autre enbouche. Cela marque le mépris que le Généralfait de son ennemi, comme je l’ai dit plus haut,St le porte dans le cœur de les soldats.