SUR LA SECONDE GUERRE PUNIQUE. jfj>
mettre à k tête du troupeau , comme si le mérite d u Général ne saisoit pas la décisiondes batailles. C’est de Terentius Varro dont je parle.
La plupart furent taillez, en pièces , dit notre Auteur, d'autres furent jettez, en bas deleurs chevaux ; quelques-uns fe sauvèrent k fienufe, du nombre defquels étoit Parro leGé-,néral Romain, cet homme abominable, dont le gouvernement coûta fi cher k fa patrie. Voi-là le sujet sur lequel ces graves Magistrats jettérent les yeux. C’est cet homme qui ferendit si célébré par la perte de la bataille de Cannes, qui couvrit de honte le nom Ro-main. On n’eût pû choisir un Chef plus méprisable en tout sens. Grand sujet de le-çon pour les Princes & les Républiques, qui élèvent aux honneurs les plus éminens dela milice des personnes fans aucune expérience de la guerre, fans capacité & fans le moin-dre courage. Ils donnent lieu par ce moien aux Apprentis s , dit un grand Ministre, de Testa-faìre des coups d,'essai en des occasions, on ceux des Maîtres (fi les chefs-d'œuvres font né- ™ ei ^P°~cejfaires. Vn Général d'armée incapable d'un tel emploi , poursuit le même Auteur , efi t ard- decapable de bazarder mal k propos toute la fortune de son Aiaître çpr le bonheur de son Riche-Etat, lieu.
Jamais la République ne se vit plus agitée de cette forte d’esprits que dans ce tems-là.Tite-Live met Bebius, Tribun du peuple & parent de Varro, à la tête de ce parti. Iln’y eut sortes d’artifices qu’il n’emploiàt pour l’élever au Consulat. Ce premier enlaçasi bien le peuple par ses brigues & ses harangues séditieuses, aidé de l’éloquence Sc desimpostures de Vautre, & de ses promesses extravagantes de chasser Annibal de i'Italie,que le peuple & la plus grande partie du Sénat furent persuadez que tout étoit per-du , sur la foi de- Bebius Sc des promesses de Varro , si tout autre que celui-ci fe mettoit à la tête des forces de la République , dont il promettoit de rendrebon compte par la défaite d’Annibal. Les plus sages , qui se vouvoient alors lesplus íoibles , prévirent bientôt que Vélévation d’un sujet aussi misérable que celui-là tourneroit au malheur de la République. On eut beau le représenter , ce sutinutilement -. il fut élevé à ce grade éminent à la honte éternelle du nom Ro.main.
Cela me sait souvenir d’une plaisanterie d’Aristophane dans fa comédie des cava-liers , que j’ai lûe quelque part dans M. le Clerc. 11 fait paroitre un hommefur la scène , qui semblable à Bebius vouloir engager un vendeur de saucisses àdevenir un homme d’Etat. Celui-ci , plus modeste & moins ambitieux que no-tre boucher , rechignoit à cette proposition : il trouvoit cet emploi trop élevé& trop au-dessus de son esprit & de son expérience. II n’en vouloir rien faire.
3, Eh mon ami , lui difoit l'autre , c’est la chose du monde la plus aisée. Con-3, duisez-vous comme vous faites présentement. Mêlez & confondez toutes cho-,, ses ; contrefaites toujours Vhomme populaire , en adoucissant votre voix par
quelques petits mots de cuisine. Vous avez bailleurs tout ce qu’il faut pourj, faire un Orateur public. Vous avez la voix âpre , vous êtes malicieux , vous,, êtes toujours dans la place publique , vous avez tout ce qu’il faut pour gou-3, verner l’Etat. A ce que je vois le Poète ne fe moquoit point mal des Athé-niens , qui ne fe corrigeoient pas de leurs défauts dans le choix des hommes. Onpeut fort bien appliquer cette plaisanterie aux Romains , du tems de la seconde guerrePunique, qui éloignoient du commandement des armées les plus honnêtes gens de la Ré-publique , dont les infortunes demandoient l’expérience la plus consommée.
On peut leur appliquer encore une raillerie d’Antisthéne , qui íe moquoit des Athé-niens fur le choix de leurs Généraux. Montagne le rapporte avec trop de grâce pour nepas l'inférer ici. „ Antisthéne fuadoit un jour aux Athéniens qu’ih.commandassent ques» leurs ânes fussent aussi bien emploiez au labourage que leurs chevaux, fur quoi il lui
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