Jí Z DISSERTATION
Le Sénat résolu de courir les risques d'une action générale , fans aucune nécessité ,voioit marcher deux Consuls différens d’humeur & de senti mens. On peut dire quec’étoient les deux principes de Zoroastre, l’un bon & l’autre mauvais. AÈmilius sage,prudent, avisé, brave, courageux & expérimenté, l’autre avec des qualitez toutes op-posées , fans réflexion, imprudent , précipité dans ses desseins , opiniâtre & glorieux.Encore une fois, le Sénat ne devoit-il pas voir combien il étoit dangereux de partagerle commandement entre deux hommes si opposez ?
. Ce qui paroítra sans doute singulier dans la conduite si peu sensée de ces graves Ma-gistrats , c’est qu’ils sembloient fonder toutes leurs espérances fur la sagesse & sur la pru-dence d’iEmilius, qui étoit autant connu par ses vertus que par son expérience, éclai-rée des conseils de Fabius.
Mais comment compter fur un Général à qui il n’est pas permis de faire toujours lebien, & de mettre en oeuvre tout ce qu’il a d'habileté , puifqu’il n’a qu’un jour pourbien faire, & que celui du lendemain est pour son Collègue, c’est-à-dire pour le mal?Je le répété, que deux hommes si opposez d’humeur & de sentimens, autant que dansles qualitez qui nous rendent estimables & respectables à la tête des armées : je veux di-re le mérite & la naissance, pussent jamais s’accorder ensemble : cela me paroît presqueimpossible. Mais que le peuple & le Sénat fussent si aveuglez & si dépourvus de juge-ment , que de ne pas s’appercevoir que la mésintelligence , toujours fatale dans les ar-mées , dont le pouvoir des Généraux est alternatif & également partagé, pouvoit causerla ruine de la République ; cela passe toute imagination. Ne prévoioient-ils pas quecela pouvoit & devoit arriver dans deux hommes de si différent caractère? Ne voioient-ils pas que si les deux Consuls étoient alternativement subordonnez , celui qui entroit etïjour renverseroit ce que l’autre avoit sait de bien ?
Les raisons qu’on allègue en faveur du commandement partagé & alternatif, sont plusspécieuses qu’elles ne sont solides. Il faut qu’un Général d’armée soit seul & indépen-dant, II est très-rare qu'u ne armée commandée par deux Généraux sorte victorieused’un combat. C’est un Ancien qui dit cela, & cet Ancien a raison. Les armées Ro-maines fe trouvèrent défaites par Annibal, quand il eut affaire aux deux Consuls, toutle contraire lorsqu’il eut affaire à un Dictateur, ou du moins il ne fit rien , & fe vitsouvent réduit à l'extrémité. Ne diroit-on pas,en considérant AEmilius & Varro, quec’est ici M. de Turenne & le Maréchal de la Ferté, à quelque chose près ? L’un sage,prudent, avisé, prévoiant, habile, profond, adoré des troupes , enfin orné d’infiniesqualitez, & grand Capitaine; l’autre Général médiocre, & par-là présomptueux, mé-prisant tout ce qui n’étoit pas lui > envieux & jaloux , toujours embarrassé & incommo-dé de la réputation & de la gloire des autres, qu’il tâchoit de diminuer,s’il ne pouvoitfe la rapporter à lui-même.
Je passe aux Romains la mauvaise politique du commandement alternatif & partagedans leurs armées , que Saint-Evremont prétend admirable pour la conservation de laRépublique, fins considérer qu’elle tendoit plutôt à fa destruction; mais je ne sçauroisleur pardonner que leurs Généraux, ou les deux Consuls fussent si peu absolus à la tè-te des légions, qu’il ne leur fût pas permis de rien faire & d’attaquer l’ennemi fans or-dre du Sénat. Ce que je trouve encore de plus répréhensible dans leur politique si van-tée à l’égard de la guerre, c’est que les deux Consuls cédoient à d’autres le commande-ment des armées après le terme expiré de leur Consulat.
Ecoutons ce que dit Banier, un des plus grands Capitaines de son terns. ,, Pour-VzfCor ,, quoi croiez-vous, dìsoit-il a ses amis , que Galas & Picolomini n’ont jamais pu rienTouif 6 ^ ,lre contre moi ? C’est qu’ils n’osoient rien entreprendre fans le consentement des'KUI. » Ministres de l'Empereur. Jaloux de conserver une autorité préjudiciable au Prince,
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