s HISTOIRE de polybe,
présence de l’ennemi, n’a ni cœur ni courage. II y en a qui se tirerontavec honneur d’un combat singulier, joignez-les à d’autres dans un or-dre de bataille, les armes leur tomberont des mains. La cavalerie Thes-salienne , par exemple, est invincible en bataille rangée ; mais hors delà on n’en peut tirer aucun service! Les Etoliens au contraire font mer-veille en tout teins, en toute occasion, excepté dans une bataille rangée.Rien n’approche des Candiots, soit sur mer , soit sur terre , quand ils’agit d’embuscade, de pillage, d’attaques nocturnes, quand il s’agit enun moc de ruse & d’adreslc -, & quand ils sont en bataille devant l’enne-
mi.
fe remarque tous les jours dams certains Généraux.Aux uns la tête tourne dans une guerre de défen-sive , ils ne sçavent où ils en sont, & négligentmille occasions, ou les fournilsent à leurs ennemis ;tout au contraire dans l’ofsensive, ils font naîtreles occasions, si elles ne se présentent : tout leurrit Sc tout leur réustït » 8c ils succombent dansl'autre, où aux moindres malheurs ils font chan-gez en tout autres hommes, 8c le plus lòuventfans beaucoup de sujet.
J’ai connu des Généraux d’une intrépidité ex-traordinaire, qui paroiílòient inquiets 8c troublezd’une bagatelle, dont l’homme du monde le moinsferme ne tiendroìt aucun compte, donnoient dansles desseins les plus hardis 8c les plus incertainsdans l’exécution > 8c surmontoient tous les obsta-cles par leur valeur 8c par leur conduite.
Tel qui ose courir à la mort n’ose pas l'attendre.Tel qui anime 8c inspire du courage aux autres,8c se signale dans une bataille, pâlit dans une tran-chée , où un goujat vend tranquillement son eau-de-vie sans avoir peur, ou tremble dans un assaut.Tel qui charge à la tête d’une troupe > ou qui faitle coup de pistolet de la meilleure grâce du mon-de , à la vûe de toute une armée avant faction,recule à la proposition d’un combat singulier. Telautre qui envisagera fixement la mort dans lespérils les plus affreux de la guerre , 8c y conser-vera tout son sang froid > est iàisi de crainte 8c defraieur dans une maladie, dès qu’un Médecin ouun Confesseur lui déclare qu’il faut mourir. II ar-rivera au contraire, mais non pas souvent, qu’unpoltron ou un lâche attendra la mort dans Ion litavec un courage 8c une force d’ame héroïque, ilen rira même.
J’ai vû un des plus braves hommes du mondese cacher au fond d’une cave, 8c trembler de peurau bruit du tonnerre. A tel autre k valeur estjournalière. Aujourd’hui c’est un Achille , il sefait admirer. Demain c’est un Thersite, il se cou-vre de déshonneur. Chose rare pourtant, 8c queje ne puis croire, s’il n’y a du vin fur Je jeu. Jene fuis pas étonné de voir tant de variétez. Lesplus belles âmes font celles qui présentent le moinsle haut 8c le bas ; mais l’on n’en volt aucune quin’ait ses si»blesses. & nulle peut-être qui ait mar-
qué en tout cette intrépidité d’eíprit 8c ce courageinsurmontable, que rien n’est capable de démon-ter. Ce qui m’a paru de plus étrange dans cer-tains grands hommes d’un courage , d’une ferme-té 8c d’une force d’ame qu’il semble que rien n'é-tonne , 8c fur qui les débris du monde tombe-roient, comme dit Horace, fans leur faire peur,est la crainte 8c l’inquiétude qu’ils font paroitre àl’égard des maux à venir très-incertains , 8c ausi-quels il dépend d’un seul acte de leur volonté decouper court, pendant qu’ils méprisent les maux8c les dangers présens, 8c qu’ils s’en délivrent 8c.les surmontent avec tout le courage 8c la conduiteimaginable. Toutes ces contrarierez sent un effetdu tempéramment que la raison ne peut vaincreni surmonter. Ce qui mérite d’être méprisé noussemble très-redoutable , 8c ce qui l’est en effetnous le méprisons 8c nous le surmontons senspeine.
Ces variétez d’humeur 8c de tempérammentdans les hommes se rencontrent dans des nationsentières, fans qu’on y ait remarqué aucun nota-ble changement. Nous ne connoislòns plus 8cnous ne voions aucune trace de celles dont Poly-be parle, elles ne font plus aucune figure dans lemonde, elles ont été détruites ou transportées ail-leurs. La cavalerie des Parthes, qui font les Per-ses d’aujourd hui, tient encore de son anciennevaleur, 8c a été toujours redoutable à la meilleuredes Turcs. Celle des Sarmates , au rapport deTacite, étoit invincible, 8c rien de plus miséra-ble, dit-il, lorsqu’il falloit combattre à pied. Auditoutes leurs forces consistoient dans leur cavalerie.On ne voit pas qu’ils aient changé après tant desiécles. Les François ont conservé les inclinationsdes anciens Gaulois. Jl s courent librement à lamort, ils l’attendent avec moins de courage 8c defermeté. L’agitation leur plaît plus que le repos.11 faut qu’iis affrontent l’ennemi 8c qu’ils l’atta-quent, s’ils veulent vaincre: aussi perdent-ils aisé-ment courage dans une défensive réglée, 8c l’on atoujours remarqué que les Généraux qui les con-duisent selon leur inclination, ne manquent jamaisde réussir ; au lieu que ses autres qui ont fait lecontraire ont éprouvé mille ditzraces.