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Tome V.
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134 HISTOIRE de poly.be,

Il n’y eut pas jusqu’au canon qui ne fût emploie pour l’en déloger, & ce Prince ladéfendit avec un courage intrépide.^ II fallut y mettre le feu; & lorfqu’il en fut sor-ti , il ne fut pas moins redoutable à ses ennemis. Il y eût péri fans une avanture quiornerait fort un roman, bien que véritable. Après tout ce que je viens de dire, iln’y a pas à délibérer un instant en faveur du Héros moderne. Qu’on ne me dise pasque je m’érige en trop grand maître de décider ainsi, & qu’un seul fait ne prouverien. Aussi en apporterai-je dans le cours de cet Ouvrage au-delà de ce qu’il m’enfaut pour soutenir mon sentiment. La prescription, qui met Alexandre au-dessusdes plus grapds Capitaines du monde, pourroit faire une batterie fur moi ; mais c’estun pauvre azile contre des faits , Sc peu digne d’un homme d’efprit. Je ne reconnoispoint ses loix avant que d avoir bien examine si elles sont bien fondées : car l’on asouvent remarqué que plusieurs grands hommes ont joui injustement d'une réputation& d'une gloire où l’on s’imaginoit qu’aucun mortel ne pourroit jamais atteindre. Neseroit-il pas permis de fçavoir pourquoi on fait si grand bruit, & si quelque autre*bnt on ne dit presque rien ne mérite pas qu’on le chante encore plus fort ; Cela mesemble très-raisonnable : on doit juger & décider de la gloire des grands Capitaines,& les élever au-dessus ou les mettre au-dessous des autres, non selon le grand nombrede leurs conquêtes ou de leurs exploits militaires, mais selon les ennemis qu'ils onteus en tête, & les obstacles qu’ils ont rencontrez dans leurs guerres. C’est là la ba-lance dont je me sers, avec une étude & une application extrêmes.

Z. IV.

Fajsage de rivières guéables en plnjìettrs endroits.

J E n’ai supposé qu’un seul gué au passage d’une rivière dans le Paragrafe précé-dent, parce que celui de l’Acheloûs, qui me sert de texte, n’en avoir qu’un seul»Peut-être que Philippe, qui comptoir l’ennemi peu redoutable, ne voulut passerqu’enun seul endroit; mais ce ferait laisser cette partie de la guerre imparfaite, avant que depasser à la défense, si je ne trairais en peu de mots de la méthode de tenter le passaged’une rivière aux disserens lieux où elle se trouve guéable. Je dis en peu de mots,parce que les mêmes ruses pour faire diversion des forces de l’ennemi Sc lui donner é-galement à craindre par tout, se pratiquent à peu près dans les passages des rivièresqui sont peu considérables, & fur les ruisseaux mêmes de difficile abord, à cause deleurs rives relevées ou de leur fond, qui n’est pas toujours de bonne tenue ; & bienqu’elles soient peu profondes, elles sont souvent plus dangereuses que les grandes;mais tout est dangereux en présence d’une bonne armée & d’un ennemi vigilant.

Lorfqu’on veut traverser une rivière où il y a plusieurs guez fort près les uns de$autres, l’attaque n’en est pas difficile. Comme c’est toujours la force ouverte qu’ilfaut emploier, la ruse & ì’artifice n’y fçauroient guéres entrer, si l'on ne peut passesautre part qu’en j estant des ponts ; ce qui n’est pas de notre sujet. S’il y a quelquestratagème à emploier dans un passage de vive force, ce ne peut etre que dans l’ordre& la distribution des deux armes qu’on a pû voir dans le Paragrafe II. qui est la feu-le peut-être & la meilleure qu’on puisse opposer à l’ennemi, la cavalerie & l’infanteri 5se soutenant réciproquement; ce qui sait que les combattans prennent confianceuns dans les autres, avantage qui n’est pas de petite considération, outre que celuiqui sc défend ne sçauroit attaquer une arme fans avoir l’autre sor les bras. Aussi re 'connoît-on visiblement par ce principe, que l’ennemi ne sçauroit jamais se défendsqu’en, combattant sor le même principe: car notre méthode est si foible contre les co-lonnes ,