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matières qu’il traite, ou à la dignité du Héros qu’il chante, soit enfin par je ne sçai re
quelle fatalité attachée à certains grands hommes. On voit avec étonnement que la T
mémoire de leurs grandes actions s’est avancée peu à peu dans le tombeau de l’oubli, nc
de sorte qu’ils sont presque aussi inconnus aujourd’hui qu’ils l’étoient avant qu’ils lei
fussent au monde. Quelqu’un ne pourroit-il pas m’apprendre la raison de tout cela ? C0L
Est-ce envie? Est-ce qu’on n’aime pas à prôner les vertus qui nous font ombrage? C<
Est-ce qu’on tient un rang trop obscur dans une armée, & q Ue l a gloire du Général pe
éclipse celle de tous ceux qui servent sous ses ordres ? Est-ce un trop grand excès demodestie dans ceux qui se sont signalez par quelque grand exploit? Le crédit, l’intri- Q
gue, la cabale s’en mêleroit-elle ? De quelque part que cela vienne, il est fâcheux m
que cela arrive à des Capitaines d’un très-grand mérite, & dont les actions seroient se:
dune instruction infinie pour la postérité. Mais une chose assez bizarre, c’est q U e m
des gens dont les talens sont médiocres, & quelquefois au-dessous du médiocre, sont w
assez heureux pour trouver des Historiens, & faire en conséquence une grande for- su
tune ; pendant que de grands hommes & des génies extraordinaires pour la guerre nous P a
font presque inconnus, & dont le mérite & les belles actions ne sont pas autant admi- nc
rées qu’elles devraient l’être. A-t-on jamais regardé comme un grand Capitaine le dc
célébré Mummol, Général de l’armée de Gontran ? Il fit une infinité de belles ac- dé
rions, & battit plusieurs fois les armées de Charlemagne. ce
uiadus, Yaivode de Valaquie, passe-t-il dans le monde pour un grand Capital- se
ne, & comparable à Sertorius, un des grands hommes de l’antiquité ? Il lui ressem-bloit pourtant dans ses grandes qualitez pour la guerre, fans avoir une ombre de ses -,
vertus. Il vivoit en 1461. Quelqu’un s’est-il jamais avisé de faire Pelote de Sal- »
voison , fous le régné de Henri II ? C’étoit un homme de fortune. II en est bien ”
peu qui aient pensé aussi grand que lui dans ses projets, qui aient été ornez de plus ”
grandes qualitez pour la guerre, & d’un plus beau génie pour la conduite des plusgrandes entreprises. Ses actions Le ses services sont rapportez dans les Mémoires de 35
Villars, ou il y a bien peu d’Auteurs qui aillent puiser pour y chercher un Salvoi-son. Si cet Officier ne fût mort à l’âge de trente-sept ans, il ne saut pas douter 33
un moment qu’il n’eût surpassé tous les plus grands Capitaines de son siécle. C’é- ”
toit l'oracle du Maréchal de BrilTac ; mais quel oracle plus digne d'être consultés 33
Peut-être aussi n’y a-t-il pas d’autre mistére dans ce silence, sinon que du tems de 33
certains grands hommes, il ne s’est pas trouvé d'Historiens, & qu’on peut dired’eux 33
ce qu’un Poète a dit de tous ceux qui avoient vécu avant Agamemnon: 33
* „
Vixere fortes ante Agamemnona.
Aíitlti : se d omnes illacrjmabiles 33
Urgentur , ìgnotique longa 33
2Voíle, carent quia vate sacra. 35
-,
Combien ai-je trouvé de Capitaines dans l’Histoire ancienne & moderne pareils à "
ceux dont je viens de parler, qui nous sont presque inconnus?. Je dis ceci à propos "
de Castrucio Castracani, qui nous est presque inconnu, qui fut pourtant un grand ,]
Capitaine, & d’une conduite, d’une hardieílêà entreprendre les choses les plus diffi-ciles, & d’une exactitude qu’on ne sçauroit trop admirer. Toute proportion "ardée, „
je puis avec autant de raison me plaindre de l’oubli où l’on est de ce grand hommeque Junius Tibérianus se plaignoit de ce que l’Empereur Aurélien ne" trouvoit au-cun Historien après fa mort, ni pendant fa vie, qui eût écrit de ses grandes actions-Qpoi ! disoit-ilj les hommes les plus médiocres auront leur bonne part dans l’Histoi-re,»