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Tome V.
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i 5 i HISTOIRE DE POLYBE,

exemplaire d*attaquer l’ennemi fort ou foible, & de percer jusqu’au dernier plutôt quede céder & d’abandonner leur poste. Cela ne suffit pas. On doit faire connoîtreaux Officiers, & ceux-ci à leurs soldats, la facilité & les avantages qu’il y a de dé-fendre le passage d'une rivière. Ils font encore plus grands si l’on passe fur des bar-reaux : car un pont ne s’établit pas en un instant, & pendant qu’on met tout en œu-vre pour en retarder la construction, le secours a le te ms d’arriver : que s’il y a desguez, rien n’est plus aisé que de les rompre, & pour les purger l’ennemi y emploiebeaucoup plus de tems qu'il n’en faut pour faire le pont. II faut instruire le soldat;mais comme cela ne s’observe guéres, pour ne point dire jamais, il ne faut pas êtresurpris s’il prend aussitôt l’épouvante. C’est ce qui arriva aux troupes au passage dela Doire par M. de Turenne.

Ce grand Capitaine aiant assiégé Yvrée en 1640. dans le tems que M. le Comtede Harcourt, Général de l’armée de Piémont, étoit encore à la Cour, les ennemis,pour faire diversion, marchèrent à Chivas pour en faire le siège. Le Vicomtede Tu-renne ne s’en mit pas autrement en peine, farce qu’il espérait, dit l’Auteur de fa Vie,dont la plume est très-peu digne des actions du Héros qu’il chante, qu’avant qu ilseussent pouffé leurs attaques, U seseroit rendu maître d’Tvrée , seroit en état de leurfaire lever le fiége.

Le Comte de Harcourt , qui etoit plein d’ambition, croiant que la gloire que les au-tres recevroient, alloit à la diminution de la senne ; au lieu de demeurer quelque tems àla Cour, ne ft que s’y montrer , & reprenant la pojìe, se rendit devant Tvrée lorsqu ons'y attendoit le moins. II trouva toutes choses en auffì bon état qu’il le pouvoit defrer;mais feignant d'avoir des nouvelles de Chivas, extrêmement pressé, il leva le siège &marcha contre les ennemis. Ceux-ci, dont le but n étoit que de faire divers on, n eu-rent garde de /’ attendre , & se contentèrent de faire un détachement de quinze censhommes , lesquels s'étant joints a la garnison d’Tvrée, sè présentèrent fur les bords délitDoire pour en disputer le passage. Le Vicomte de Turenne, qui avoit l’avant-garde , sevolant ains arrêté, ft mettre son canon en batterie, pour les en déloger. II postaaussi des mousquetaires dans les lieux avantageux, & feignant de n’avoir point d’autredessein que celui de les en chasser à la saveur d'un grand feu, il envòia secrètement dela cavalerie au-dessus & au-dessous pour découvrir un gué. On en découvrit un àune lieue en-delà, où huit ì neuf cens chevaux aiant passé, les ennemis en furent siépouvantez qu’ils abandonnèrent le passage.

Je trouve perpétuellement M. le Prince Eugène en mon chemin dans presque tou-tes les parties de la guerre. Je l’ai dit, celle où il excelle le plus est le passage des ri-vières : le voici engagé à la défense de celui de la Teisse en 1697. Ce Général aiantappris qu’une partie de l’armée Ottomane étoit en-deçà de la Teisse, forma le desseinde l’attaquer. Il marcha en bataille aux ennemis. A son arrivée à Zenta, il trouvamille chevaux des ennemis qui s'étoient avancez pour avoir des nouvelles; il les sitpousser. Ses gens aiant fait quelques prisonniers, il apprit que le Vizir passoit la ri-vière avec toute la hâte possible, & qu’il se fortifioit en-deçà. Le Général de l'Em-pereur se hâte de les joindre, résolu de les forcer dans leurs retranchemens. II arrivefur eux dans un très-grand ordre. Les Turcs firent un grand feu de leur artillerie,fans que cela fût capable d'ébranler l’infanterie Impériale. On aborde leurs retranche'mens , la droite de cette infanterie s’ouvre un passage la baionette au boutdu fusil fan*beaucoup de résistance. La cavalerie met en même tems pied à terre, & perce enun autre endroit. On s’apperçut en^même tems que les deux branches du retranche-ment laissoient un passage des deux cotez de la rivière, la cavalerie des ailes íe replie àdroite & à gauche, entre par ces deux endroits, pousse jusqu’au pont & s’en rend le

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