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Tome V.
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histoire de polybe,

songea à mettre en usage tout ce que la guerre a de plus prudent & de plus sub-til. Que le Lecteur jette les yeux sur la description de sa marche, il y trouverades préceptes, des leçons admirables & des précautions d'un tour nouveau. Car lesmarches dans les montagnes ne sont pas celles qu’on fait en Flandre 8c en Allemagne,les principes en sont diíFérens, les précautions tout autres & d’un détail extraordi-naire.

Je ne sçai si l'on doit attribuer à Alexandre de Trychonie le mauvais succès desEtoliens, l’abandonnement de Therme & des passages des montagnes: car l’Auteurne nous apprend point qui fut Fauteur d'une si pauvre & si misérable conduite, ousi ce Général, qui s’amusa à faire des courses , lorsqu’il eût dû faire son capitald observer les mouvemens de Philippe & de rompre toutes ses mesures; si ce Géné-ral, dis-je, après être accouru au secours de son païs, où l’ennemí s’étoit débordécomme un torrent avec toutes les horreurs de la guerre, pour réparer fa honte & sonimprudence attaqua lui-même les Macédoniens dans leur retraite. Il y eut plusieurscombats, dont Philippe fe démêla en grand Capitaine. C’est particulièrement dansles retraites de montagnes, où l’on peut plus aisément qu’en toute autre situationemploier la ruse, le stratagème & les embuscades, contre lesquelles on doit être per-pétuellement en garde, & qui font plus difficiles à découvrir dans les païs de hau-tes montagnes que par tout ailleurs, & il y a plus d’art qu’on ne pense à les atta-quer & à les former, & encore beaucoup plus dans Tordre d’attaque ; & commeces sortes de pièges sont difficiles dans T exécution, il faut encore choisir des genscapables , prudens , fermes & d’un grand cœur. On dit que les Italiens y sontmerveilleux, ce qui faisoit que M. le Duc de Vendôme leur donnoit souvent cet-te fusée à démêler; a-t-on remarqué qu’ils y sussent plus habiles que les autres?

II n’y eut que deux combats dans cette retraite de Philippe , qui furent assezvifs; une embuscade, que ce Prince dressa, & qui lui réussit, découragea les Eto-liens, quoiqu’il n’y eût pas grand sujet: car on ne se rebute point dans une re-traite pour avoir été repoussé ; on trouve mille occasions à chaque pas que T enne-mi fait en arriére de le charger avec avantage, parce que les lieux ne sont pas tou-jours les mêmes dans les montagnes, & qu’ils changent à tous momens; outre queles décentes sont très-desavantageuses à celui qui se retire, auffi bien que les hau-teurs qui le dominent, & qu’il ne peut pas toujours garder.

La retraite de Philippe dans les montagnes de Therme , m’engageroit de traiterici tout d’un tems des retraites d’armées dans les hautes montagnes. Cen’est qu’unebranche , mais des plus délicates, des plus curieuses & des plus sçavantes de cettepartie de la guerre : car Ton peut dire que la science des retraites prise dans tous sescas particuliers renferme presque toutes les autres , se retirer c’est fuir ; mais c’estfuir avec art, & un très-grand art. Quelle sublimité de génie ! quelle étendue deconnoissances, de qualitez acquises & naturelles ne faut-il pas avoir , & quelle gran-deur de courage ! que de ruses & d’artifices ne faut il pas emploier dans ces sortesd’actions ! Car Ton peut dire que les retraites d’armées renferment toutes les partiesles plus sublimes des armes, une profonde tactique , les marches , les passages desrivières, en un mot toutes les connoissances qui font les grands Capitaines & lesGuerriers du premier ordre.

C HA'