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Tome V.
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L I V R E V. C H A P. X. * 5 <>

implacable dont il étoit dévoré. Son avis fut donc qu’il ne falloit pasmarcher contre Molon. Ignorant & fans expérience fur les choses de laguerre, il craignit de courre les risques de cette expédition. Ptoléméeétoit pour lui beaucoup moins redoutable. On pouvoit fans rien crain-dre attaquer un Prince qui ne s’occupoit que de ses plaisirs. Le conseilainsi épouvanté, il fit donner la conduite de la guerre contre Molon àXénon & àThéodote Hémiolien, & pressa Antiochus de penser à recon-quérir la Cœlesyrie, par-là il venoit à son but, qui étoit que le jeunePrince envelopé pour ainsi dire de tous les cotez de guerres, de com-bats & de périls, & aiant besoin de ses services, n’eût pas le tems depenser ni à le punir de ses fautes paslees, ni à le dépouiller de sesdignitez.

II forgea ensuite une lettre qu’il feignit lui avoir été envoiée par A-chée &c ìa remit au Roi. Cette lettre portoit que Ptolémée pressoit A-cliée de s’emparer du Roiaume: qu’il le fourniroitde vaisseaux &d’ar-gent s’il prenoit le Diadème & prétendoit ouvertement à la souverai-neté, qu’il avoir déja en effet, mais dont ils’envioit à lui-même le ti-tre en rejettant la couronne que la fortune lui présentoir. Sur cettelettre le Roi résolut de marcher à la conquête de la Cœlesyrie. Quandil fut à Séleucie proche Zeugma, Diognéte Amiral y arriva de Cappa-doce, amenant avec lui Laodice fille de Mithridate, pour la mettreentre les mains d’Antiochus à qui elle étoit destinée pour femme. CeMithridate se vantoit de décendre (6) d’un des sept Perses qui avoient

tué

(b) Ce Mithridate se vantoit de décendre d'un dessept Perses qui avoient ttié Maguss\ Les anciensOrées & Romains 8c presque toutes les nations,si l’on en excepte quelques-unes beaucoup moinsfiges, étoient extrêmement entêtées de leur no-blesse , & de ^antiquité de leur extraction. ^ Onpeut voir par ce qufe dit ici PolybeSc endifférensendroits de son Histoire qu’on ne s en piquoitpasmoins en Aíìe;c’est tout autre chose aujourd’hui.Ce sont des barbares 8c gens de néant, dit-on,niais n'est-ce point un préjugé, puisque toujourségaux il n’y auroit plus que la vertu qui pût lesdistinguer 8c les avancer? II est certain qu’on neconnoit à présent dans ce païs-là d’autre noblessed'extraction que pour les chevaux. Les Arabesvous débitent gravement leur généalogie lorfqu’ilsles roe.ttent en vente. Mithridate pouvoit fortbien se dire issu de l’un des sept Perses qui tuè-rent Magus fans prendre son origine dans les sié-cles les plus perdus comme font tant d’autres.fies généalogies de plusieurs Maiíons de l’Europesont plus chimériques que celles de certaines fa-milles Romaines qui se faisoient décendre de quel-ques Dj eux ou de quelques Déesses. Je ne puis^^Pccher de rire de ce que la plûpart des Mai-teurs- 110 p S racontent de leurs premiers fonda-lcs Cr -r, âu commun les vont chercher dans01 ades. U semble qu’on s’en soit dégoûté

depuis qu’on a puisé dans cette source 8c cherchéquelque nom dans ces braves qui se croisèrent.Ceux qui sçavent qu’il ne feroit pas trop bonpour eux de se dire décendus de quelque raceillustre ou de quelqu’ancienne Maison qui resteencore, 8c qui mont qu’une extraction basse, nemanquent pas de trouver quelque nom de quel-que grande Maison en Pologne, en Suede, dansla Saxe, en Hongrie ou en Italie, qui est sem-blable ou à peu près semblable aux leurs, 8c nemanquent pas de s’en faire sortir. 11s le cher-chent surtout dans les Royaumes 8c les Répu-bliques qui ont éprouvé de grandes révolution?;car ils choisissent toujours quelque Maison étein-te, de peur d’éprouver quelque rude mortifica-tion. C’est toujours quelque cadet qui s’est échap-pé de la Maison pour aller servir quelque Prin-ce, 8c qui après maints beaux faits d’armes auraépouse pour le moins quelque Princesse, s’il n’apas épousé quelqu’lnfante en considération de sesgrandes actions. Si ce que je dis ici ne regar-dent que quelques Maisons en France, ou ailleursqui nous débitent de tels romans, on n’òuroitpas tant de penchant à s’en moquer ; mais en vé-rité tout est rempli de ces fortes de nobles ima-ginaires ou factices.

La hardiesse des faiseurs de semblables généa-logies est á peine concevable: ils sont tous d’u-.k * nc