is8 HISTOIRE DE POLYBE,
mettent les autres en nécessité de les prendre. Le Cardinal Mazarin n’eut garded’imiter l’JEtolien dans son Ministère, il suivit une toute autre politique, par celaseul qu il étoit étranger ; & bien qu il fût seul à la tête des affaires, qu'il ne fûtpss moins grand politique, ni moins éclairé que le Cardinal de Richelieu, & qu’ilne fût point vindicatif, il trouva pourtant des Molons & des Achées, & une par-tie de la minorité de Louis XIV. sc passa dans les horreurs des guerres civiles. Cesdeux Ministres n'eurent garde de suivre le conseil d’Hermias , ils suivirent celuid’Epigéne , ib menèrent souvent le jeune Monarque contre les rebelles: car rienn’impose davantage aux factieux, & ne leur donne plus de terreur que la présencedu Souverain.
Antiochus se souvint du conseil d Epigene, que son Ministre fît mourir par untour de perfidie, dont il y a bien des exemples dans l’Histoire ; il se porta lui-même contre Molon & contre Achée, après s’être défait de son Ministre, il com-manda toujours ses armées. On pouvoit appliquer à ce Prince, comme à Philippe& à tant d’autres, ce que répondoit Henri IV. au Nonce du Pape, qui lui de-mandoit un jour combien de tems il avoit fait la guerre. Toute ma vie , lui répon-dit ce brave Roi, & jamais mes armées n ont eu d’autre Général cjue moi. II se-roit à souhaiter que tous les Princes en fissent autant , leurs affaires en iroientbeaucoup mieux. Tite-Live dit que les Rois doivent etre les premiers Générauxëe leurs armées. JRegem conspici , Regem umm Ducem , unum Imperatorem videridebere . Que l’on jette les yeux fur les Princes qui ont commandé eux-mêmes leursarmées, on verra qu'ils ont été rarement malheureux, & qu’ils ont fini heureuse-ment leurs guerres. Le Sultan Selim riavoit-il pas raison de dire que les victoiresqu’on remporte fans le Maître font presque toujours boiteuses ? Toutes celles quenous avons vues ne marchent pas plus droit; les autres, qui semblables à celle deCannes, scmbloient ne devoir laisser aucune queue aux guerres, ne font pas de cesiécle , ni du siécle paslé : elles ont presque toutes ressemblé à cette dernière , Scceux qui en ont le mieux profité ont-ils fait tout ce qu’ils pouvoient faire ì Com-bien d’Annibals & combien peu de Césars! Le mauvais conseil d’Hermias, & la sa-gesse de celui d’Epigéne, nous ont conduit à souhaiter aux Princes de suivre toujoursì’avis du dernier.
Xénéte étoit un malhabile Général, bien qu’il eut commence en fort habile hom-me. II vit bien que le dessein de Molon étoit de passer le Tigre & de faire lesiège de Séleucie, pour avoir une tête en-deçà & en faire une place d’armes & lethéâtre de la guerre. Xénéte le prévint fur ce fleuve pour en défendre le passage,ou pour le traverser, s’íl lui étoit possible, & attaquer l’armée rebelle qui s’étoitcampée de l’autre côté, fans qu’il lui fût possible d’y dresser un pont, Zeuxis aiantfait enlever tous les batteaux le long de ce fleuve : précaution qui vient assez natu-rellement à I’efprit, & dont très-peu se servent. Xénéte craignant de passer la cam-pagne sens rien faire, se résolut de passer le Tigre sur la foi de quelques transfu-ges , qui le leurrèrent de l’efpérance que la plus grande partie des rebelles se tour-neroient de son côté. Polybe dit qu’il ramassa tous les batteaux qu’il put trouver lelong du fleuve, & il y a toute apparence qu’il en fit construire un bon nombredans son camp : car le mot d’équiper des batteaux pour le passage d’une rivière nefçauroit signifier autre chose que la construction de ces batteaux. I] fp sir vit de seruse ordinaire, qui est de feindre de vouloir tenter en un endroit, & d’y jetrer unpont à couvert d’une Isle, & de passer par un autre , oû le fleuve étoit visible-ment plus large & plus difficile ; mais dans ces fortes de cas , où il ne s’agse P 3S
d’établir un pont, mais d’embarquer des troupes & de les faire traverser, il faut tou-jours