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i 7 í HISTOIRE DE POLYBE
tes de moiens qui déshonorent la guerre & ceux qui s’en servent. Molon imitaparfaitement Cyrus dans fa guerre contre les Scythes, & l’on verra par l’exempleque je vais rapporter de ce dernier, que l’un & ï’autre ont un parfait rapport danstoutes leurs circonstances. Je le tire de l’Historien Justin dans son abrégé de l’His-toire universelle de Trogue Pompée, fans recourir à Hérodote, qui me paroît beau-coup moins raisonnable dans les circonstances les plus capitales du stratagème de Cyrus,puifqu’il prétend que ce grand Capitaine pour mieux couvrir F artifice d’une retraitesimulée, laissa une partie'de ses troupes dans son camp, qui surent taillées en piècespar l’armée de Tomiris. Cela me semble peu vraisemblable. Ecoutons Justin, quia travaillé fur un Auteur, dont les Mémoires, selon toutes les apparences, étoientmeilleurs que ceux d'Hérodote, qui ne fut jamais en Asie, & qui ignorant la lan-gue du pais n’a pû puiser dans les Historiens Perses qui ont écrit des guerres de Cy-rus.
„ Cyrus aiant subjugué l’Asie , & réduit l'Orient sous si domination, dit Justin.„ dam son Traducteur qui n écrit pas trop bien (a) , entreprit de faire la guerre aux„ Scythes. Ces peuples avoient en ce tems-là pour Reine Tomiris, laquelle bien„ loin de s’épouvanter de la marche des ennemis, comme auroit fait une femme„ d u commun, les attendit au contraire avec tant d’intrépidité, q u’elle permit qu’ils„ passassent le fleuve Araxe, quoiqu’il lui eût été facile de les en empêcher, perfua--, dée qu’elle seroit plus commodément la guerre chez elle, & que les ennemis n’au-,, roient pas tant de facilité à se sauver aiant le fleuve à dos. Cyrus aiant donc fait„ avancer ses troupes au-delà de l’Araxe, Sc aiant pénétré assez avant dans la Scythie,„ y dressa son camp.
„ Et le jour suivant y laissant une prodigieuse abondance de vin, & tout ce qui„ peut contribuer à la bonne chere, il l’abandonna pair une terreur affectée., & com-„ me suiant en désordre. Stratagème dont Crœfus étoit l'ìnventeur. Sitôt que Tomi-„ ris eut appris cette fuite simulée, elle envola son Fils extrêmement jeune à la tête„ de la troisième partie de ses forces pour charger Cyrus. A peine ce jeune Prince„ fans expérience au fait de la guerre fut-il arrivé au camp de Cyrus, que se figurant», y être venu moins pour y combattre, que pour s’y bien divertir : fans plus pen-„ fer aux ennemis, il permit que ses gens, qui n’étoient pas accoutumez au vin, en„ prissent par excès ; de forte qu’ils surent plutôt vaincus par la débauche que par les„ armes, car Cyrus fçachant l’état où ils s'étoient mis, revint durant la nuit fur íes„ pas, tailla en pièces ces gens demi morts par leur yvresse, & fit passer au fil de„ î’épée le Fils de Tomiris.
Polyen (b) dans ses stratagèmes rapporte la chose différemment, à moins que T o-miris, ensuite de la défaite de son Fils» n’ait rétorqué au Roi de Perse par une sem-blable ruse. Citons le passage. ,, Tomiris dans la guerre que lui fit Cyrus, dit-il »„ feignit d’avoir peur des ennemis. Les Massagettes prirent la fuite, les Perses les„ poursuivirent, & trouvèrent dans leur camp une grande abondance de vin, de vi-„ vres, & des victimes ; ils en prirent avec excès & firent débauche toute la nuit,„ comme gens qui avoient remporté la victoire. Après s’être remplis de vin & de», viandes, ils se mirent à dormir. Tomiris les surprit dans cet état, & les trouvant»> a ppésintis, elle fit périr & Cyrus & tous les Perses.
C’est une chose surprenante de voir combien les surprises des armées, soit dansleurs camps ou dans leurs marches » sont peu rares dans les Historiens de l'Anû'
quité*-
(a) Hísi. univ. de Trogue Pomp. réd. en abrégé par Jus Hon, Hor. Molin. I t. c, 8.
(b) Poljen l. 8. c. *8,