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HISTOIRE DE POLYBE,
rendre bon compte des ennemis, & qu’il les chasserait de cette province. Il lui tintparole. Un Prince ne bazarde jamais rien à se rendre à l’avis d’un Général quiconnoit les ennemis à qui il a affaire, & qui lui a donné plusieurs fois des preu-ves de son zélé & de sa fidélité, de sa prudence & de son courage, d’un Généralensin tel que M. de Turenne: car son nom seul forme dans l’efprit l’idée d’un Gé-néral parfait.
On peut voir par ce que je viens de dire, qu’on ne régie pas toujours l’état dela guerre à l'égard de l’offensive fur la supériorité du nombre , puisque l’habileté& le courage peuvent suppléer à ce qur manque de ce côté-là ; ce qui doit êtremis en considération dans un projet de campagne digéré dans le Cabinet, & furla connoi (Tance parfaite du pais où l’on veut porter la guerre.
On y établit d'abord la ligne de communication, car c’est celle-ci qui régie &détermine celle de T ennemi, lorfqu’on s’est résolu de !e primer en campagne, & c’está quoi l’on doit d'abord se résoudre. Cela dépend des mesures & des soins du Mi-nistre chargé des affaires de la guerre. L’on régie après cela T état de la guerre »c’est-à-dire la disposition par rapport à la maniéré de la faire. On régie & détermi-ne le nombre des troupes que Ton s’est résolu de mettre en campagne, Ton munitla frontière de toutes les choses nécessaires autant pour la subsistance des armées quepour Tamunitionnement des places qui nous paraissent les plus exposées. La lignede communication une fois réglée, il est aisé de connoître les places les plus com-modes & les plus à portée pour y établir nos magasins de vivres & de munirionsde guerre. II y a toujours quelque partie de frontière plus favorable à nos des-seins, & dont les armées ne s’écartent guéres, & où Ton a à dos des places impor-tantes ; on en fait comme le théâtre de la guerre. II est difficile de cacher à T en-nemi les endroits de notre frontière par où nous avons dessein de pénétrer, & lagrandeur des préparatifs & des munitions de guerre & de bouche que Ton jette dansune ou plusieurs de nos places ; ce qui engage T ennemi à munir les siennes de soncôté, & par-là il juge de la partie de fa frontière par où nous avons dessein de pé-nétrer.
Voilà pour ce qui regarde le gros des choses , une Carte nous met aisément aufait fans qu’il loit besoin de beaucoup de connoissances. Le bon sens suffit. T1 n’estpas nécessaire de consulter les Officiers Généraux pour régler ces fortes de choses ,mais seulement dans ce qui regarde la manière de faire la guerre & T exécution desprojets. Je dis des projets ou des divers desseins,car la guerre ne fuit pas toujoursla route qu’on fe propose; des changemens peuvent arriver, & un mouvement del’ennemi auquel on ne s’attend pas, change souvent tout un projet de campagne Sítout ce qu’on s’étoit résolu de suivre. II faut bien prendre garde à ceci, ou avoirplusieurs desseins plutôt que de s’arrêter à un seul : car souvent une offensive,quel'que bien concertée qu’elle soit , par un mouvement fait mal I propos , fe tournemalheureusement en défensive, & il faut d'autres mouvemens pour revenir au pre-mier projet. M. de Turenne entendoit parfaitement T art de réduire son ennemi »auparavant prêt fur Tossensive, à prendre la défensive; mais quelle profondeur de gé-nie, d’expérience & de science ne saut-il pas avoir? Souvent un mouvement malconcerté, fans que Tennemi y ait la moindre part, nous réduit à cette extrémité;une lettre interceptée, un secret divulgué,& quelquefois un mot lâché mal à pro-pos &r fans réflexion, font échouer tout le plan d'une campagne. Un ordre exécutéune heure plus tard ou plutôt, ruine cent desseins entassez les uns fur les autre?,qui sont une fuite nécessaire du premier & des mesures prises & formées dans leCabinet; ensin un rien, une bagatelle la plus fortuite change la face des affaires: ds