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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XII. 309

tre les Parthes; „ & de peur, dit Tacite O) , que les ennemis qui voltigeoient„ çà & là dans la plaine ne lui empêchassent de bâtir un pont,il attacha ensemble„ de gros vaisseaux avec des grosses poutres, & les aiant garnis de tours , planta,, dessus des machines à la faveur desquelles il bâtit son pont , & écarta les Bar-bares. ” Ce pont n’est pas assez clairement expliqué en cet endroit , i] s * ex _plique beaucoup plus clairement dans la guerre d’Othon contre Vitellius, deuxlâches Empereurs qui se disputoient l'Empire du monde dont ni l’un ni l’au-tre n’étoit digne. ,, Cécinna & Valens , dit le même Historien , pour bannir„ l’oisiveté du camp ; occupèrent leurs soldats à dresser un pont fur le Pô, feignant,, de le vouloir passer pour s’oposer aux gladiateurs. Ils rangcrent donc des bateaux,, en égale distance, joints ensemble par de grosses poutres, & arrêtez avec des an-„ cres, dont les cordages n’étoient pas trop tendus pour n 'être point rompus par„ l’effort de l’eau, si elle venoit à grossir. Sur le dernier vaisseau, il y avoir une3 , tour, pour repousser à coups de traits & de machines, l’ennemi qui en avoir une3 , vis-à-vis pour les incommoder.” On voit dans la Colonne Antonine des pontsde barreaux tout semblables aux nôtres. Les Romains en avoient toujours un fortgrand nombre dans leurs armées, qu’ils faisoient porter sur des chariots ou des ba-quets comme nous faisons les nôtres, mais lorsqu'il s’agissoit de traverser de grandsfleuves comme l’Euphrate ou le Tigre, on en faisoit construire un grand nom-bre , pour en dresser plusieurs lorsqu'on craindrait que l’ennemi ne s’opposât à leurpassage. „ Lorsque Trajan marcha contre les Parthes campez de l’autre côté du„ Tigre, pour passer ce fleuve ; il fit amener fur des chariots un grand nombre33 de bateaux faits dans les forêts de Nisibe, parce qu'il n’y en avoit point plusj, près du Tigre: & de ces bateaux il en forma un pont malgré les efforts que fi-

„ rent les ennemis pour l’en empêcher.” Dion explique la maniéré dont les Ro-

mains avoient accoutumé de dresser ces ponts, qui n’est autre que celle dont nousnous servons aujourd’hui.

II est hors de doute que les Romains ont appris des Grecs leurs ponts de bateaux ,8c ceux-ci des Perses. Arrien semble croire qu'Aléxandre le Grand passa l'Indusfur un pont de bateaux comme Sémiramis. La maniéré dont il explique commentles Romains faisoient ces ponts mérite que nous citions le passage tout entier..„ Aristobule & Ptolomée que je fuis principalement, dit cet Historien (b) célébré ,33 ne disent point si Alexandre passa cette rivière fur un pont de bateaux comme33 Xerxés fit l’Hélespont > & Darius le Bosphore & le Danube, ou fur un pont or-„ dinaire; mais pour moi je crois que ce fut de la première façon, quoique je n’en

3, aie rien d’assûré : car ce fleuve est trop grand & trop profond pour le passer

3 , autrement, outre qu’on n’en eut pas le loisir. Or comme on fait des ponts dè3 i bateaux de deux sortes, ou en les attachant les uns aux autres, comme fut fait celui,, de l’Hélefpont, au rapport d’Hérodote, ou en les joignant avec des poutres, com-„ me font les Romains toutes les fois qu’ils passent le Tigre & l’Euphrate , ou les, Rhin & le Danube, je ne puis dire de quelle façon fut fait celui-ci, ni si on eut„ assez de bateaux pour le faire de la première ; mais je vais décrire l’autre , parce3 , qu’elle est la plus aisée, & qu’elle mérite d’être sçûe. On laisse aller un bateaus, dans le courant, non pas de droit fil, mais de travers, comme s’i-1 étoit arrêté par3> la poupe; & de peur que l’eau ne l’emporte, on le fait soutenir par une nacelle à» f °i'ce de rames jufqu’à ce qu'il soit au lieu ou l’on veut faire le pont ; alors on

jette

(a) Tac. ann. L. i c,

se) Arrim. L

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