LIVRE V. CHAP. XIII.
de se tenir sur ses gardes, de se défier d’Hermias, & de prévenir lesmalheurs qui étoient arrivez à son frère ; qu’il touchoíc presque à sondernier jour, qu’il devoir se précautionner & songer à íòn salut 8c Lcelui de fcs amis. Antiochus lui avoua qu’il haïfíòic 8c redoutoir Her-mias, & le remercia de ce qu’il avoir eu le courage de s’ouvrir à luifur cette affaire. Apollophanes jugeant par cette réponse qu’il étoitentré dans les dispositions du Roi, en devint plus hardi. Le Prin-ce ne l’eut pas plutôt prié de ne se pas contenter de savoir averti, maisd'agir efficacement pour se tirer lui & ses amis du danger où ils étoient,qu’il parut dilposé à tout entreprendre. Après être convenus enièmblede la maniéré dont on s’y prendroit, le Roi feignit d’avoir des pesan-teurs de tête, on éloigna les Officiers 8c la garde ordinaire pour quel-ques jours, les seuls amis surent introduits, & on eut le moien d'en-tretenir en particulier ceux à qui l’on jugeoit à propos de faire part d usecret. Quand on eut trouvé ses gens, 8c la haine qu on avoir pourHermias rendoit la chose ailée, on se disposa a l’execution. Les Mé-lom. V. R r decins
de celle des Grands, il accrut en même temscelle de son Maître. 11 falloit, pour ne laisseraucune ressource aux esprits factieux, se faire ai-mer 6c relpecter des gens de guerre. 11 y réussitcn se rendant seul diípeníâ teur cies récornpcníe>Sc des honneurs militaires, pour les tenir dans lasoumission 8c ia dépendance, 8c en élevant ceuxdont il connoissoit le mérite 8c k valeur aux plusgrands emplois de la mí.ice. II forma par-Ia debonsOfficier; ,8c en augmentant fa puissance parrabaissement de pluíïeurs Grands, il diminua cel-le de ceux, qui n'étant plus maîtres des grâcesdu Prince, se virent tout d’un coup désertez deleurs amis Sc de leurs créatures: politique admi-rable, 8c à laquelle toute la France est redevabled’une florissante prospérité 8c dé 1’exti.nction desguerres civiles : car il falloit commencer par serendre maître des troupes 6c se les attacher parla récompense des bonnes actions & par le châ-timent des mauvaises. Voilà l’endroit de IonMinistère qui tourne le plus à fa gloire , 8c leplus digne de nos éloges.
On n a qu a lite les Historiens de ce tems-là,comme Baílòmpierre, Montréíòr 8t tantd’autres,'dont quelques-uns ont eu grande part aux trou-bles , on y voit que les plus puiílàns n’avoientautre projet en tête que de s’eraparer de la Sou-veraineté lous le prétexté du bien public,que lesfactieux allèguent toujours pour raison de leurprise d’armes, gardant pour eux le véritable su-jet en attendant mieux , ou du moins ils ta-choient comme bien d’autres d’attraper quelquegrodè somme ou quelque meilleur Gouverne-ment , où iis pussent lè cantonner Sc trancherdu Souverain , 8c d’augmenter par-là leur pou-voir 8c leurs revenus: car il n’y en avoir pas une-il qui ne se repût de vaines espérances d’unegianaeur imaginaire. Quelques-uns moins am-
bitieux 8c pas moins avides se hâtoient de pillerles particuliers , les autres les finances de leurMaître , pour augmenter la miíére des peuplesen les éputíant. Peut-on lire fans une extrêmeindignation tout ce que nos Historiens rapportentde nos guerres civiles? Je latíie celles de la Re-ligion à part, quels étoient les prétextes des au-tres ? Rien de plus pitoiable 8c de plus criminel.Quels Héros que ces hommes qui en étoient lesauteurs ! La paix faìiòit aísez. connoître quelsétoient les motifs de leurpriíè d’armes. On pour-roit très-Justement leur appliquer Je reproche quePhilippe fit aux Etoltens, 8c un autre tout serrt-blabie que fit Denis le Milélìen à ceux d’Arcadie:>, Vous faites , Messieurs, leur dit-il, un bas 8c„ un infâme trafic de la guerre. Les maux de„ la guerre sont les richesses des Arcadiens, &„ lans aucun égard à la cause de la guerre on„ porte les armes tantôt pour un parti & tantôt,, pour un autre.
Le Cardinal de Richelieu songea à remédier àde íi grands maux, ce qu’il ne pouvoit taire quepar des remèdes violens 8c par la terreur. Ce nefut qu’après s’être rendu absolument maître deFefprit du Roi, qu’il vint à bout d’un iî granddessein avec toute l’adreíse, la fermeté 8c ia pru-dence d’un grand Politique. Ce n’est pas là undes moindres services qu’il rendit a son Maine,il le mit en état par ce moien de so faire crain-dre 8c respecter au dedans par rabaissement de;Grands,dont il en revint un fi grand bien,qu enpeu de tems ia France le fit redouter au dehorspar la politique ferme & íage de ce grand hom-me, qui changea toute la face des a flaires del’Eu-rope par la grandeur de ses entreprises. Son in-flexibilité à ne point pardonner n'etoit pas i'en-droit le moins admirable de son Ministère.