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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XVI.

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droit sormoit une plaine fort unie, ou il fàlloit nécessairement que ïes ennemispassassent, outre qu'il leur venoit des vivres des villages qui étoient dans la plaine;mais qu'il seroit difficile d’y communiquer, fi nous ne jettions un pont sur hchiésa, & que trois bateaux suffiraient. II ms répondit qu'il me chargeoit decette besogne, & que M. le Marquis de Guerchois, aujourd’hui Lieutenant Gé-néral , me fournirait autant de travailleurs que je voudrais ; mais qu’avant que deprendre un tel parti, je prisse celui d’aller reconnoître cette cassure, pour voir sien y jettant quelques compagnies de grenadiers, elle pourroit être soutenue. Je par-tis fur le champ. Je fus tout étonné d’y trouver des créneaux pratiquez dansl’enclos de la cour, & je jugeai bien que celui qui les avoir faits n’étoit pas unfort habile homme : car outre qu’ils étoient à quatre pieds & demi du rez-de-chaus-sée , ils étoient de plus d’un pied de diamètre : de forte que ceux du dedans avo-ient le même avantage pour tirer que ceux du dehors , défaut auquel il étoit im-possible de-remédier fans les fermer : ce qui n’étoit pas aisé faute de tems. Ueût fallu encore en percer de nouveaux a sept pieds du rez-de-chaussée, & éleverune banquette de deux pieds & demi de haut. Ce^poste me parut de si grandeimportance, que je crus qu’on auroit assez de tems, a force de travail, pour remé-dier à tout, & qu’en y jettant un bon bataillon on pourroit soutenir ce poste unassez bon espace de tems pour être secouru. On jugea que j’avois raison ; maisM. de Langalerie trouva que quatre compagnies suffi soient au-delà pour lajdésendre,& l’on s’en tint à son jugement. La Tour-Fraguier eut ordre de s’y jetter avecune de Leuvile commandée par des Roches, celle de Bretagne par Martinot , &celle d’Egrigny par la Roque. Je ne mis qu’une heure à faire mon pont enve-lopé d’un retranchement qui ne valoit rien, à cause des rochers que nous rencon-trions à chaque moment; mais comme je le fis dans un coude, il fe trouvoit flan-qué naturellement. L’ouvrage achevé, je galopai à la cassine, ou la Tour-Fraguieravoit déja fait ses dispositions, ne doutant point d’être attaqué, comme je l’en avoisassuré, aiant trop grande opinion du Général de l’Empereur pour ne pas croirequ’il eût oublié son art militaire en si beau sujet de le mettre en pratique. Je con-nus à la mine de da Tour-Fraguier combien ces maudits créneaux le tenoient per-plexe & en cervelle.

J’ai dit que la cassine étoit à environ vingt toises du canal , je crus que rienn’importoit davantage pour le salut de cette cassine que de tirer une communica-tion du pont à la porte. Je galopai à M. le Grand-Prieur , je lui dis que nousserions infailliblement attaquez, & qu’il donnât ordre qu’on suivît ce que je propo-lois. L’ordre fut donné,& l’on me dit de prendre tout autant de travailleurs qu’ilm’en viendrait à la fantaisie; mais je connus bien qu’il n’étoit plus tems, la nuitétant déja fort noire,& cela n’eût pas empêché le travail, si on n’eût appris qu’onentendoit marcher de la cavalerie, qui côtoioit le pied de la montagne que nous avionsen face, & le bruit de quelques chariots. Un Officier me dit qu’il ne doutoitnullement que ce ne fût un fourrage. Gardez-vous bien de croire un fourrage, M.lui dis-je, c’est toute autre chose, & ce qu’on prend pour des chariots n’est au-tre chose que du canon , & vous pouvez compter que nous allons être attaqueztout-a-Theure. Sur cytelle herbe avez,-vommarché , me répondit-il, vous rêvez,- c fî-ce qu on marche en f grand Arroi pour une cajjìne qui ne vtiut pus deux liards ? Danspeu, lui repliquai-je, vous en aurez pour ce qu’elle vaut. J’allai demander à l’Offi-cier Général de jour la permission de m’y jetter. j fy consens de bon cœur, me dit-il, allez, & partez Je passai le pont lorsqu’on étoit au moment de fermer la por-te A. du côté du canal, je trouvai nos cens fort empressez : car on voioit maigre

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