LIVRE V. C H A P. XVIII. w
vertus opposées j on tire parti des malheurs mêmes. Les Rhodiensdépeignant avec des couleurs atroces l’accident qui leur étoit amvé,& soit dans les instructions qu’ils donnoient à leurs Ambaíìadeurssoit dans les conversations particulières, faisant toujours leurs plain-, tes avec beaucoup de noblestè Sc de zélé pour leur République ; ilstouchèrent tellement les villes, Sc principalement les Rois en leur fa-veur , que non seulement on leur fit de grands présens, mais qu’onleur avoit encore obligation quand ils les recevoient.
Hiéron & Gelon leur donnèrent soixante-quinze talens d’aroent, par-tie comptans, partie paiables peu après, pour l’huile des Athlètes ,des chaudrons d’argent avec leurs baies, des vases à mettre de Peau,dix talens pour les frais des sacrifices, dix autres pour faire venirde nouveaux Citoiens,en forte que la somme entière montoit à prèsde cent talens. Outre cela ils exemtérent d’impôts ceux qui navi-geoient a Rhodes, & leur envoierent cinquante catapultes de troiscoudées. Enfin après avoir tant donné , comme s’ils cuisent étéencore redevables aux Rhodiens, ils firent élever deux statues dansleur place publique, dont Pune réprésentoit le peuple de Rhodes, &l’autre le peuple de Syracuse , qui lui mettoit une couronne fur latête.
Ptolémée leur fournit auífi trois cens talens d’argent, un millionde mesures de bled, du bois pour bâtir dix vaisseaux à cinq rangsde rames, Sc dix à trois rangs, quatre mille poutres proportionnéesdu bois d’où découle la poix, mille talens de mormoies d’airain, troismille pesants d’étoupe , crois mille voiles Sc trois mille mâts, troismille talens pour relever le Colosse, cent Architectes, trois cens cin-quante manœuvres, & quatre talens par an pour leur nourriture, dou-ze
équestre Ze Louis XÎV. j’entefts celle de la place Poètes, fans percer de íà tête !a voûte du sem-ée Vendôme, avec ce Colosse; il fera aisé de pie. Les Egyptiens étoient encore dans le goûtconclure que je n’avance rien que de raisonna- de ces sortes d’ouvrages ; mais on ne volt pasble. On peut même déterminer la hauteur de ia qu’ils en fissent d’autres que de pierres. Paul Lu-statue, qui fut faite par un habile & excellent cas dans son Voiage d’Egypte, parlant des ruinesMaître, par la grosseur de son pouce que l’His- d’unc grande ville , qui est apparemment l’an-toire nous a conservée, 8 t l’on conviendra qu’elle cienne Thébes à cent portes, dit qu’il remarquadevoit être beaucoup plus grande. quantité de bustes de ligures d’hommes de plus
M. de Tillemont dans son Histoire des Empe- de trente pieds de haut. Les ruines & les dé-reurs, dit que l’an 74 . de j. Ch. on fonditàRo- bris d’une si fameuse ville sont infiniment plusme un Colosse d’airain de cent ou cent dix pieds, dignes d’admiration que les restes de ces fameuxSuétone le poustê juíqu’à six vingt. II dit qu’il monumens des Romains :avoit été fait sous le régne de Néron, & qu’on
en ôta la tête>aussi vuidede cervelle que celle Laudmdis pretiojìor rmnis. Sidon. Apol. .de son fondateur, pour y mettre celle du Soleil
fous la figure de vite. 11 y avoit un grand nom- Rien n’est plus surprenant qu’une tête coloíîà-bre de statues coloíseses à Rome. Celle de Jupi- le qu’il vit fur une des piramides qui regarde duter Olympien, qui fut le chef-d’œuvre de Phi- côte du Caire, d’une grosseur prodigieuse. Elledias, étoit si prodigieusement grande , que ce avoit environ cent pieds de tour Sc septante duDieu qui étoit assis n’auroit pû se lever , disent menton en haut. II dit qu’elle est toute d’uneses Historiens qui en ont parlé, aussi bien que les piéce, & qu'on la croit creuse par dedans.
Tom. V. D d d