LIVRE V. CHAP. XXI. 405
réglèrent plus sur l’état de leur pais, ils tournèrent tous les yeuxvers l’Italie. Les peuples de l’Asie & les Insulaires firent bientôt aprèsJa même choie. Ceux qui depuis ce tems-là ont eu sujet de ne pas.bien vivre avec Philippe, ou avec Attalus, n’ont plus fait attention nià Antiochus ni à Ptolémée, ils ne se sont plus tournez vers le Midi ouI’Oríent, ils n’ont eu le.s yeux attachez que fur l’Occident. Tantôtc’étoit aux Carthaginois, tantôt aux Romains qu’on envahit des Am-bassadeurs. II en venoit aussi à Philippe de la part des Romains, quiconnoissant la hardiesse de ce Prince, craignoient qu’ilne vînt augmen-ter l’embarras où ils se trouvoient. a
Nous voilà donc arrivez au tems où les affaires des Grecs fontjointes avec celles d Italie d’Afrique. Nous avons vû quand, com-ment & pourquoi cela s’est fait. C’est ce que je m’étois engagé dèsle commencement de faire voir. Ainsi quand nous aurons conduitl’Histoire Gréque julqu’au tems où le Romains ont perdu la batail-le de Cannes, & où nous avons laide les affaires d’Italie, nous fi-nirons ce cinquième Livre.
La guerre finie, les Achéens choisirent Timoxéne pour Préteur,reprirent leurs loix, & leurs fonctions ordinaires. 11 en fut de même desautres villes du Péloponèse. Chacun rentra dans ses biens, on cultivala terre , on rétablit les iacrifíeco Sc ica fôces publiques , en un mot toutce qui regardoit le culte des Dieux : devoirs, qui par les guerrescontinuelles qu’on avoit eues à soutenir avoient été pour la plûpart ou-bliez E ntre tous les peuples du monde, à peine en trouveroit-onquelqu’un qui eût pour la vie douce & tranquille plus de penchant &d’inclination que ceux du Péloponèse : cependant l’on peut dire qu’ilscn ont moins joui qu’aucun, du moins f depuis longtems. Ce Versd’Euripide les peint assez bien :
Toujours dans les travaux , & toujours dans la guerre.
Nez pour commander & passionnez pour leur liberté, ils ont tou-jours les armes à la main pour se disputer le premier pas. Les A-théniens au contraire furent à peine délivrez de la crainte des Ma-cédoniens, qu’ils crurent jouir d’une solide liberté. Conduits & gou-vernez par Euryclidas & par Micyon, ils ne prirent aucune part auxaffaires des autres Grecs : ils suivirent à l’aveugle les inclinations deces deux Magistrats. Quelques honneurs qu’on demandât qu’ils ren-dissent à tous les Rois, & principalement à Ptolémée, ils les rendirent.Point de sorte de réglemens & d’éloges qu’ils n’aient soufferts qu’onne fît pour eux. Ils passèrent beaucoup au-delà des bornes de la bien-séance, sans que ceux qui étoient à leur tête eussent la prudence & lecourage de les arrêter.
Tom. V. Fff Peu