L } HISTOIRE DE POLYBE,
publique Romaine. Son état présent est difficile à développer, à causede la variété qui se remarque dans son gouvernement; §c l’on ne peutque difficilement décider sur ce qu’elle deviendra, parce que l’on neconnoît point aílèz comment elle se conduisoit autrefois, soit dans lesaffaires générales, soit dans les particulières. C’est pourquoi fans une'étude & une application très-serieuse on ne débrouillera jamais, commeil faut, les avantages qui distinguent cette République de toutes lesautres.
La plupart de ceux qui ont écrit avec méthode des différens Gou-vernemens, en ont distingué de trois sortes, savoir la Royauté, l’Ari-stocratie , 8c la Démocratie: on ne voit pas trop si par-là ils ont voulunous faire entendre qu’il n’y en avoit point d’autrcs , ou que c’étoientlà les trois meilleures; mais quoiqu’il en soit, j’ose dire qu’ils se sonttrompez sur l’un 8c l’autre point. Ce ne sont point les meilleures, puis-que non seulement la raison, mais encore l’expérience nous apprendque la forme de gouvernement la plus parfaite, c’est celle qui est com-posée des trois qu’ils rapportent. Telle fut par exemple celle que Lv-curgue établit le premier à Lacédémone. Ce ne font pas non plus lesfeuleS qu’il y ait, Car les Gouvernemens Monarchiques & Tyranniquesfont fort differens de la Royauté, quoique fur quelque rapport de ce-lui-ci avec les autres, les Monarques ôc les Tyrans colorent autant qu’illeur est possible & fardent ces noms de celui de Rois. 11 y a eu auffiplusieurs Etats gouvernez par un petit nombre de personnes choisies.A les voir on auroit cru que c’étoient des Etats Aristocratiques, cepen-dant ces deux fortes de-Gouvernement ne fe ressemblent presque enaucune maniéré.' On doit porter le même jugement de la Démocratie.
Four fe convaincre de la vérité de ce que j'avance, il ne faut que re-marquer que toute Monarchie n’est pas Royauté , mais celle-là feule-ment, à laquelle les sujets fe soumettent de bon gré, 8c où tout se faitplutôt par raison que par crainte 8c par violence. Toute Oligarchiene mérite pas non plus le nom d’Aristocratie. II n’y a que celle oùl’on choiíìt'les plus justes 8c les plus prudens pour être à la fête des af-faires. En vain auffi donneroit-on le nom de Démocratie à un Etat,où la populace feroit maîtresse de faire tout ce qu’il lui plairoit, & oùl’on feroit depuis longtems dans l’ulàge de révérer les Dieux, d'être sou-mis à ceux dont on tient le jour , de respecter les anciens, 8c d’obéiraux loix: on ne doit appeller Démocratie qu’un Etat, où le sentimentqui l’emporte fur les autres, est celui du plus grand nombre.
On doit donc distinguer six fortes de Gouvernemens, les trois donttout le monde parle 8c dont nous venons de parler, 8c trois qui ont dt»rapport avec les premiers , savoir le gouvernement d’un seul, celui depeu de personnes , 8c celui de la multitude. Le gouvernement d’unsoûl ou la Monarchie s’établit fans art & par le pur mouvement de te
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