76 HISTOIRE DE POLYBE,
nons de remarquer ne doit être négligé , de peur de tomber dans le§fautes où tant d’autres font tombez. Citons-en quelques-uns pour ser-vir d’exemples.
Aratus, Général des Achéens, aiant formé le dessein de prendrepar surprise la ville de Cynéthe, convint avec ceux des Citoiens qui ê-toient «'intelligence avec lui, qu'u n certain jour il viendroit pendantla nuit proche du fleuve qui décend de la ville, & resteroit là pendantquelque tems avec son armée : qu’au dedans de la ville les conjurezprendroient leur tems vers le milieu du jour pour faire sortir fans bruitun des leurs en manteau, lequel avertiroit Aratus d’approcher plusprès 8c de sc poster fur un certain tombeau qui lui avoit été mar-qué: que les autres se jetteroient en même tems furies Chefs, quiétoient pour l’ordinaire en garde à la porte, & qui alors seroient endor-mis : après quoi Aratus sortiroit promtement de son embuscade 8c vien-droit à la porte. Toutes ces mesures prises, dès qu’il fut tems Aratusvient, sc cache le long du fleuve & attend le signal. Pendant ce tems-Ià un Cynéthéen, qui avoit de ces moutons qui paissent autour des;villes, aiant quelque chose à dire à son berger, sortit de la porte enmanteau vers la cinquième heure du jour, 8z monta fur le tombeaupour chercher des yeux son berger. Aratus croiant que c’ëtoit le sig-nal , court vite à la porte. Mais la garde la ferma promtement, par-ce qu’il ne s’étoit encore rien fait dans la ville: Par-là les Achéensnomfeulement manquèrent leur entreprise, mais encore furent cause de laperte de ceux qui agisloient de concert avec eux. Car aiant été con-vaincus de trahison ils furent fur le champ mis à mort. Quelle futla cause de ce malheur, sinon qu’Aratus étant encore jeune & nefca-ehant ce que c’étoit que doubles signaux , sc contenta de ne pren-dre qu’un simple signal. Tant il faut peu de chose dans les 4 expé-ditions militaires pour les faire échouer ou réussir.
Cléoméne Roi de Lacédémone s’étoit de même proposé de sur-prendre Mégalopolis. II étoit convejiu avec quelques gardes de lamuraille d’approcher pendant la nuit d’un endroit qu’on appelle laCaverne, & il avoit choisi pour cela la troisième veille, tems auquelces soldats dévoient monter la garde. Mais n’aiant pas fait atten-tion qu’au lever des Pléiades les nuits sont fort courtes, il ne partitde Lacédémone que vers le coucher du Soleil. 11 eut donc beau sepresser , il étoit grand jour quand il arriva. II ne laisse pas que defaire effort pour entrer; mais il paia cher fa témérité & son impru-dence: Car il fut repousse honteusement avec perte d’un grand nom-bre des siens, 8c courut risque de tout perdre: au lieu que s’il eûtbien pris son teins, les conjurez s’étant rendus maîtres de portes, dferoi't certainement entré dans la ville.
Nqus avons déja- vû- ce, qui étoit arrivé à Philippe devant Mélitée.
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