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Tome VI.
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94 HISTOIRE DE POLYBE,

de là encore la réputation d’homme inspiré des Dieux. Car c’est l’or- jdinaire. Quand ou faute d’efprit, ou par défaut d’expérience, ou par ;nonchalance on ne peut ni se connoître en occalïons, ni pénétrer les jcauses &c les différens biais de chaque chose, on ne manque pas d’at- jtribuer aux Dieux & à la fortune des actions, qui ne font dûes qu’à |la sagacité que donnent les réflexions & la prévoiance. C'efl dequoi ;il étoit bon d’avertir mes lecteurs, de peur que trompez par la fausse 'idée que l’on s’est faite de Scipion, ils ne fassent pas assez d’attentioslà ce qu’ií y avoit dans lui de plus beau & de plus estimable, je veux di-re la dextérité & l’application infatigable aux affaires, vertus qui dansla fuite seront mises encore dans un plus grand jour.

Pour revenir aux affaires d’Efpagne, aiant fait assembler les trou-pes il leur dit: Qu’il ne falloit pas s’épouvanter du dernier échec quCl'on avoit reçu* que ce n’étoit point par la valeur des Carthaginoisque les Romains avoient été vaincus, mais parla trahison des Celti-bériens, fur la foi defquels les Chefs s’étoient trop légèrement sépare#les uns des autres -, que les ennemis se trouvoient aujourd’hui dans sesmêmes circonstances ; qu’ils s’étoient partagez pour différentes expé-ditions ; que'les traitemens indignes qu’ils faifoient à leurs alliez leS' avoient tous aliénez, & leur en avoient fait autant d’ennemis -, qu’uncpartie de ceux-ci avoit déja traité avec lui par députez ; que le restenon pas à la vérité par amitié, mais pour tirer vengeance des insul-tes des Carthaginois, viendroit avec joie, à la première lueur d’eí-pérance & dès qu’on verroit les Romains au-delà de l’Ebre ; que sesChefs des ennemis n’étant pas d’accord entre eux, ne voudroieitfpas se joindre pour le venir combattre, & que combattant séparé-ment ils plieroient au premier choc; que toutes ces raisons dévoiesles animer à passer le fleuve avec confiance, qu’ils se reposassent 1reste sur les autres Chefs & fur lui-même.

Après çe discours, aiant laisse à Marcus, qui commandoitavec lui, jcinq mille hommes d’infanterie & cinq cens chevaux pour secoursles alliez d’en-déçà du fleuve, il paflà de l’autre côté avec le reste <seTarmée fans rien découvrir à personne de son dessein, étant das 5 ^la résolution de ne rien faire de ce qu’il avoit dit aux soldats, Ot ■ce dessein étoit d’emporter d’emblée la nouvelle Carthage. , ì

Premier trait, mais en même tems trait des mieux marquez du ta-bleau que nous faisions tout à l’heure de Scipion. U n’a encore q llCvingt-scpt ans , & les affaires dont il sc charge sont des affu ^ 5dont les disgrâces précédentes ne laiflòient espérer aucun succès. Est' ! .gagé à les soutenir, il laisse les routes fraises & connues de tout semonde , & s’en fait de nouvelles que ni ses ennemis, ni ceuxîe suivent, ne peuvent deviner. Et ces nouvelles routes il ne se sprend que fur des réflexions très-solides.

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