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Tome VI.
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HISTOIRE DE POLYBE,

court à ce but, quand on ne peut réprimer cette ardeur, il y a beau-coup à craindre pour l’Etat. On a vû plus d’une fois des Capitaines,qui après avoir conduit leurs deíïèins avec beaucoup de succès, quel-quefois même après avoir pris des villes, non feulement ont manquéleurs entreprises, mais encore ont été malheureusement défaits, fansautre raison que celle que je viens de rapporter. Les Généraux ne peu-vent donc trop faire attention à ce que toutes les troupes, autant qu’ilse pourra, espèrent que le butin, lorsqu’il y en aura, leur fera égale-ment distribué.

Pendant que les Tribuns faiíòient la distribution des dépouilles, leConsul aiant astèmblé les prisonniers, qui étoient près de dix mille, or-donna qu’on en fît deux bandes, une des citoiens, de leurs femmes &de leurs en fans , 8c l’autre des artisans. Après avoir exhorté les pre-miers à s’attacher aux Romains, 8c à ne jamais perdre le souvenir dela grâce qu’il alloit leur accorder , il les renvoia chacun chez eux. Ilsse prosternèrent devant lui 8c se retirèrent fondant en larmes, mais estlarmes de joie, qu’exprimoit de leurs yeux un événement qu’ils atten-doient si peu. Pour les artisans , il leur dit qu’ils étoient maintenantesclaves du peuple Romain, mais que s’ils s’astectionnoient à ce peu-ple & lui rendoient chacun selon fa profession les services qu’ils dé-voient, ils pouvoient compter qu’on les mettroit en liberté, dès que laguerre contre les Carthaginois feroit heureusement terminée. ' Ils étoientau nombre de deux mille, qui eurent ordre d’aller donner leurs nomSau Questeur, 8c on les partagea en bandes de trente, fur chacune defi-queîles on préposa un Romain pour y veiller.

Parmi le reste des prisonniers, Scipion choisit ceux qui avoientmeil-leure mine 8c le plus de vigueur, pour en grossir le nombre de ses ra-meurs , lequel par ce moien s’accrut de moitié. II en fournit aussi leSgalères qu’il avoir prises, de façon qu’il en eut presque le double dé cequ’il avoit auparavant. Car il prit dix-huit galères, 8c il en avoittren-te-cinq. II fit à ces rameurs la même promesse qu’aux artisans, savoirqu’après qu’il auroit vaincu les Carthaginois , il leur donnerait laliberté, s’ils fervoient les Romains avec zélé & avec affection. Cetteconduite à l’égard des prisonniers lui gagna & à la République l’ambtié & la confiance des citoiens, & par Peípérance de la liberté qu’il fitconcevoir aux artisans, il leur inspira une grande ardeur pour son ser-vice: sans compter fes forces de mer, qu’il augmenta de moitié patfa maniéré d’agir douce 8c affable.

II mit ensuite à quartier Magon & ceux des Carthaginois qui avoiefltété faits prisonniers avec lui, deux defquels étoient du conseil des An-ciens & quinze du Sénat. II les donna en garde à C. L#-lius, lu: enjoignant d’en avoir tout le foin possible. Puis s’étant fiait

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