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Tome VI.
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Marcellus parut en cette occasion plus simple & plus imprudentqu’habile Capitaine, & c’est ce qui lui attira cette disgrâce.

Je ne puis m’empêcher de rapporter souvent de ees sortes de fau-tes: car entre celles que je vois commettre aux Genéiaux, celle-ciest une des plus ordinaires. Cependant c’est celle de toutes où pa-rois le plus Ignorance d’un Général. Car que peut-on attendred’un Chef qui ne ícait pas, qu’un homme, qui commande une ar-mée, ne doit pas se mêler dans de petites actions qui ne decidentpas des affaires capitales P A quoi est bon un General, qui ignoreque quand même les conjonctures demanderaient qu’il entrepritquelque action particulière, il feut. qu’il périffe beaucoup de ceuxqu’il conduit, avant qu’il s’expofe lui-même au dernier péril. S il ya quelque chose à hazarder, c’est l’affaire d’un avantuner, & nond’un Général. Car dire après avoir manqué son coup qu on n yavoir pas pensé , & qu’on n’avoit pas prévu que la choie tourne-à de certaine maniéré, c’est à mon sens la marque la plus evi-dente pu'un Général puisse donner de son peu d’experience & deson incapacité. ? ^ .

Annibal par bien des endroits me parait un grand Capitaine. Maisen quoi ie trouve qu’il a excellé, c’est que pendant tant d’années qu’iïa fait la guerre, quoique les conjonctures ne lui aient pas toujours étéfavorables, il a eu l’adreffe d’engager souvent ses ennemis dans desactions particulières , fans que jamais ses ennemis aient pû le tromperlui-même, malgré le grand nombre de combats, & de combats ^consi-dérables qu’il a donnez: tant étoient grandes les précautions qu’il pre-noit pour la sûreté de ía personne. Et l’on ne peut en cela que louersa prudence. Toute une armée périrait, que tant que le Général sub-siste & peut agir, la fortune lui fait naître quantité d occasions de ré-parer ses pertes. Mais lui mort, l’armée n’est plus que comme unvaisseau qui a perdu son pilote. Quand elle ferait assez heureuse pourremporter la victoire & abattre ses ennemis, ce bonheur ne lui servi-roit de rien, parce que toutes les espérances font fondées fur les Chefs.Ceci soit dit pour ces Généraux, qui ou par vanité , ou par une légè-reté puérile , ou par ignorance ou par mépris pour leurs ennemis,tombent dans de pareilles fautes. Car il est sûr que les mauvailès sui-tes de la mort d’un Général qui s’est mal a propos expûíè, n arriventque par quelqu’un de ces défauts.

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