HISTOIRE DE POLYBE,
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maximes qui ont servi à les conquérir. Or il est évident, & on peutle prouver par une infinité d’exemples, que le vrai môien de fe rendremaître d'un peuple, c’est de lui faire du bien & de lui en faire espérerdavantage. Mais si après l’avoir conquis, on le maltraite & on le gou-verne despotiquement, 011 ne doit pas être surpris, que ce changementde maximes, dans ceux qui gouvernent, entraîne après lui le change-ment de ceux qu’ils a voient soumis.
Dans des conjonctures si fâcheuses, Asdrubal avoit I’eípric extrême-ment agité & inquiet sur les suites funestes dont il étoit menacé. D’uncôté la désertion d’Indibilis le chagrinoit, & de l’autre la mauvaise in-telligence qui régnoit parmi les principaux Officiers, Sc la dispositionoù ils étoient de ne le plus suivre. II trembloit surtout que Scipionalors ne se présentât. Enfin jugeant que bientôt ce Consul se mettroiten marche, Sc se* volant abandonné des Espagnols, qui tous à l’envíétoient allé sc joindre aux Romains, il crut ne pouvoir rien faire demieux que de ramasser toutes ses forces & de donner bataille aux enne-mis. Sa raison étoit que si le bonheur vouloit qu’il fût vainqueur, Hpourroit tranquillement délibérer sur ce qu’il auroít à faire dans la siiite»& que s’il étoit vaincu, il se retireroit dans les Gaules avec ceux qui feseroient sauvez de la mêlée, & qu’emmenant de là une troupe de Bar-bares il passeroit en Italie pour secourir Annibal son frère Sc partagerses espérances. Pendant qu’Asdrubal méditoit ce projet, C. EmhuSarriva de Rome, & instruisit Scipion des volontez du Sénat. Auffitûrle Consul fit sortir ses troupes de leurs quartiers St rencontra fur fa routeles Espagnols, qui venoient à lui avec beaucoup de joie Sc d’empressemenUIndibilis entre autres, qui lui avoit déja auparavant envoié de ses nou-velles, le voiant approcher, sortit du camp 8t le vint joindre avec fe 5amis. Dans l’entretien qu’il eut avec Scipion, il lui parla de l’unioUqu’il avoit eue avec les Carthaginois, des services qu’il leur avoit ren-dus, de la fidélité qu’il leur avoit gardée, des injustices qu’ils lui avoientfaites, des mauvais traitemens qu’il en avoit reçus, & le pria d’être ju-ge entre les Carthaginois & lui: que-si c’étoit à tort qu’il se plaignesd’eux, cela devoir faire conclure à Scipion qu’il ne seroit pas plus sidélfjaux Romains j que si au contraire il ne les avoit quittez , que parce qu’ 1 *y avoit été comme forcé par la maniéré outrageante dont ils l'avoient trai-té, il devoitespérer qu’après avoir embrassé le parti des Romains, il ad-roit pour eux un attachement inviolable. II dit encore quantité de cho-ses fur ce sujet j âpres quoi Scipion prenant la parole répondit qu’il 11Êdoutoit nullement de sa sincérité, qu’il ne vouloit d’autre preuve d u mau-vais procédé des Carthaginois à l’égard des autres Espagnols, quel'lsssolence dont ils avoient usé envers fa femme & lès filles qu’ils avoientp^ 1 'ses en otage: au lieu que lui, qui ne les avoit pas à ce titre, mais com-me prisonnières & esclaves, les avoit gardées avec autant de soin q u 1