,<ro HISTOIRE DE POLYBE,
mains, Sc de là il écrivit à Tarente & à Annibal. Mais quand ilse vit découvert, craignant les suites de fa trahison , il se réfugiachez Philippe, dont il gagna tellement la confiance, & auprès de quiil se mit en si grand crédit, qu’il fut presque la cause de la ruine en-tière d’un si puissant Roiaume.
CHAPITRE III.
Force de la ‘vérité. j
J E suis persuadé que la plus grande déesse qu’il y ait parmi seshommes, celle qui a le plus de force & de pouvoir, c’est la vé-rité. On a beau de tous côtez s’élever contre elle, en vain tou-tes les probabilitez semblent favoriser le mensonge, elle s’insinue &entre par elle-même je ne sçai comment dans l’ame. Quelquefois ell efait éclater d’abord fa puisiànce, il arrive aussi quelquefois qu’elle de- *meure longtems obscurcie Sc comme étouffée sous les ténèbres ; mais jenfin elle reprend le dessus par ses propres forces Sc triomphe glorieu- 'sement de son ennemi.
CHAPITRE IV.
Cruauté inouïe de Nabis , Tyran de Lacédémone.
D Epuis la défaite des Lacédémoniens par Machanidas,Nabis Ty-ran de ce peuple dominoit depuis trois ans dans Sparte, fansoser rien entreprendre de considérable. 11 ne s’occupoit qu’à jettesdes fondemens solides d’une longue & insupportable tyrannie. Poufcela il s’attacha à perdre tout ce qui étoit resté dans cette République-II en chassa les plus distinguez en richesses & en naissance, & il aban-donna leurs biens & leurs femmes aux principaux de son parti Sc au*étrangers qui étoient à fa solde, tous assassins, & capables de toutessortes de violences pour enlever le bien d’autrui. Cette espèce 6egens, que leur scélératesse avoit fait chasser de -leur patrie , s'assêlN-bloient de tous les coins du monde auprès du Tyran, qui vivoit uUmilieu d’eux comme leur protecteur & leur Roi, en faisant d’eusatellites & fa garde , & fondant fur eux une réputation d’impíé^.& une puissance qui fût inébranlable. II ne se contenta point de re-léguer les citoiens, il fit ensorte que, même hors de leur patrie, l ' s