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Tome VI.
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j8ì HISTOIRE DE POLYBE,

rie, il se contente de distribuer également son encens à l’un & à l’autre , & cependantle dernier m’en paraît peu digne, comme je le ferai voir en son lieu.

Le Prince Louis-Guillaume de Nassau nous a donné un plan de cette bataille dan?un Ouvrage * de fa façon , je doute si le Prince Maurice n’en est pas l’Auteur, iQuoiqu’il en soit , il paraît qu’il n’a pas fait réflexion à cette maniéré de combattre.Comme mon Auteur ne l’a pas remarquée non plus, & encore moins dansfl’action de tRégulus contre Xantippe , ni dans celle de Cannes-, il ne faut pas s’étonner que le jPrince Louis ne l’ait pas fait non plus. Il paraît pourtant qu’il a observé cet ordre,mais que la découverte des colonnes lui est échappée, puifqu’il a cru que cette dispo-sition si singulière, les cohortes pressées & comme unies les unes à la queue des autres*

& ces espaces entre elles n’étoient que pour faciliter l’écoulement ou la retraite des é-léphans, & pour empêcher qu’ils Rapportassent du trouble & ne rompissent les corps»s'ils eussent eu moins d'intervalles entre eux , & que les corps de la seconde fe trou-vant vis-l-vis de la première , comme ceux de la troisième entre ceux de la seconde*les éléphans ne les renversassent dans leur chemin, si ces rues, comme Polybe les ap*pelle, n’eussent pas été droites.

Véritablement ces espaces directs entre les colonnes qui donnoient un libre passage àces animaux, fans trouver rien qui pût leur faire obstacle, & les effaroucher, furentd’un grand secours a Scipion ; mais ce ne fut pas uniquement dans cette vue qu’il avoúimaginé cette merveilleuse disposition à son infanterie, il avoit de plus hautes pensées-

Les deux armées combattirent dans une plaine rase 8c découverte, & par conséquentdans un égal avantage à l'égard des lieux, & les ailes n’étant appuiées nulle part, Híalloit que l’habileté & une tactique sçavante 8c rusée dans le plus foiblc des deux Gé-néraux décidât de la victoire : car la partie n’étoit pas égale à l’égard du nombre.Elle l’étoit si peu 8c la disproportion dans les deux armées si grande, qu’elle scmbloitexclure tout équilibre, si ce n’est dans la valeur des troupes autant que dans leur disei'pline, & dans une égale confiance en leurs Généraux. Tout cela scmbloit pronost*'quer la ruine entière de Scipion, qui n’avoit à opposer à son ennemi qu’une armée & jvingt-deux mille hommes contre cinquante mille, & cependant rien n’est plus tro®' j‘peur, puifqu’il est certain par l’évidence des exemples anciens & modernes, don c Jl’Histoire est toute remplie , que le nombre ne fait rien contre une armée commandée 'par un grand Capitaine contre un autre qu’il surpasse par une plus grande habileté # *

par un plus grand art & plus d’artifice dans la manière de fe ranger & de combattre, $qui ajoute encore des armes plus avantageuses, bien qu’il puisse vaincre indépendatf'ment de cela, tant la bonne disposition a de pouvoir & de force.

Scipion observa avec une attention l’ordonnance de son ennemi, qui sc présenta fcpremier en bataille dans la plaine, pour donner plus de terreur par l’opinion de &forces; ce qui n’étonna ni les Romains ni leur Général. Celui-ci vit qu’Annib^s’étoit formé fur trois lignes A. B. C. ou pour mieux dire fur trois phalange’*

La cavalerie D. E. fur les ailes de la première ligne, car les anciens ne la faisoi en£tombante que fur une seule ligne fans être soutenue d’une seconde.

Scipion aíant observé cette disposition d’Annibal, jugea que l’ordonnance Rss"Maine étoit trop foible pour soutenir le poids & le choc d’une masse d’infante riequi lui parut impénétrable, si la seconde ligne s’unissoit à la première & n’en f° r '

moit qu’une seule en doublant ses files. Réflexions judicieuses que les Généra^*

1 Ro-

* Annibal & Scipion, ou les grands Capitaines. A la Haie chez Stencker.